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Marie Sauvion : “L’occasion de changer de vie, ça ne se refuse pas”

Chroniqueuse majeure au ‘Cercle’, l’émission ciné de Canal+ Cinéma présentée par Frédéric Beigbeder et, depuis peu, rédactrice en chef du magazine féminin ‘Marie France’, Marie Sauvion est autant une passionnée de cinéma qu’une femme rayonnante. Entretien.

Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’une critique de cinéma est bonne ou juste ? Quels sont les pièges à éviter dans le métier de critique ?
Une bonne critique, c’est d’abord une critique que l’on prend plaisir à lire. Parce qu’elle est bien écrite et bienveillante, intelligente si possible, parce qu’elle offre un point de vue original (on se contentera parfois d’un point de vue tout court), surtout parce qu’elle ne prend pas le film de haut, et encore moins le spectateur. Les bonnes critiques sont celles où l’on sent la culture, bien sûr, mais aussi l’amour du cinéma et l’envie de partager cet amour. Amen.
Comment vous est venue la passion du cinéma ? Quelle est votre premier grand souvenir de cinéma ?
Lorsque j’étais enfant, mon père m’emmenait voir aussi bien des comédies musicales avec Fred Astaire que “La Cage aux folles” (je l’ai vu en salle à sa sortie, toute gamine, papa tenait absolument à ce que je découvre la dinguerie absolue de Michel Serrault…) Surtout, lorsque je passais le week-end chez lui, je regardais en boucle les films qu’il avait enregistrés, ça allait de “Chantons sous la pluie” à “Freaks” en passant par “Mort à Venise” et “Le Gendarme de Saint-Tropez“. Ajoutez-y un vidéoclub en bas de la maison, tenu par une dame sympa qui me laissait louer n’importe quoi… De toute mon adolescence, je n’ai jamais mis les pieds à la Cinémathèque, en revanche j’ai vu tous les films d’horreur les plus pourris disponibles en VHS.
Votre film préféré (vous avez le droit à plusieurs réponses, bien sûr) ?
Partant du principe que choisir, c’est mourir un peu, je n’ai ni film, ni livre préférés. Disons que s’il fallait absolument n’en retenir qu’une poignée, il y aurait forcément “Les Parapluies de Cherbourg” et “Les Demoiselles de Rochefort“, indissociables pour moi, comme les deux faces d’une même pièce magique. Il y aurait “César et Rosalie“, dont je connais certains dialogues par cœur depuis toujours, il y aurait la trilogie du “Parrain“, “Elle et lui” (avec Cary Grant et Deborah Kerr), “Un jour sans fin“, pfffff, c’est idiot, je ne peux pas choisir, pardon !
Beaucoup de nos lecteurs sont aussi des spectateurs assidus du Cercle présenté par Beigbeder. Auriez-vous des secrets de coulisses à nous révéler ? Vous êtes amis dans la vie ?
Alors, des secrets sur Le Cercle ? Oui, nous sommes amis dans la vie, pas tous évidemment mais une bonne partie, on se retrouve avec plaisir aux projections mais pas seulement, on organise des dîners, des soirées, on va encourager le petit Nicolas Schaller quand il fait le DJ, ce genre de choses. On est même une petite dizaine à avoir passé un week-end ensemble à Nantes, il y a dix-huit mois peut-être, pour voir l’expo Jacques Demy. Allez, un scoop : de temps en temps, je bats le rappel des copains pour le “Karaocercle”, tout est dans le titre. Bégaudeau déchire tout sur “Quand j’étais chanteur“, l’hallu…

Quand je vous ai proposé cet entretien, vous m’avez dit : « si c’est léger, alors je veux bien ». Ce qui caractérise Marie Sauvion, c’est la légèreté en toute chose ?
J’adorerais être légère en toute chose mais non, hélas, je suis souvent lourde. Question suivante.
Un groupe facebook « J’aime Marie Sauvion d’amour », un blog « Je suis amoureux de Marie Sauvion », quel est votre secret, d’où tenez-vous ce pouvoir de séduction ?
Ahahahahahaha
Vous êtes rédactrice en chef du mag féminin Marie France depuis quelques mois. Grand changement non ? Qu’est-ce que ce nouveau job vous apporte de plus, de différent ?
Énorme changement ! Après quasi vingt ans de quotidien, au sein du service culture du Parisien, j’apprends un nouveau métier, je découvre une autre presse, c’est passionnant. Et l’occasion de changer de vie, ça ne se refuse pas.
« Profondeur de champs », c’est un nom de revue qui vous inspire ?
“Profondeur de champs”, c’est sérieux, ça fait un peu “la revue officielle des caméramen français” non ? Je vous taquine, c’est pas mal du tout (et puis, j’ai pas mieux à proposer, alors…)
Un avis sur le palmarès des Cesar 2012 révélé hier soir lors de la cérémonie au Châtelet ?
Je ne suis pas du genre à râler après un palmarès (enfin si, pour être honnête, à Cannes ça peut m’arriver). Le truc, c’est que je me suis totalement plantée dans mes pseudo pronostics, je n’ai apparemment pas du tout les même goûts que les votants de l’Académie des Césars… Mais quelle importance ? C’est le jeu, les médailles en chocolat, les professionnels de la profession, tout ça… “L’Apollonide” et “Tomboy” restent les plus beaux films français de 2011, Cavalier demeure un merveilleux aventurier du cinéma et Noémie Lvovsky, une épatante actrice. Là où ça m’embête, c’est que j’ai fait mon premier live tweet pendant la cérémonie que j’ai eu l’air d’une truffe totale ! Moins fiable que Paul le poulpe, les boules…
Entretien réalisé par Quentin Jagorel

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  • Par Cinéma à la radio « Monde en Question le 5 November 2012 à 14:37

    [...] critiques : – Jacky Goldberg (Les Inrockuptibles), didactique – Marie Sauvion (Marie France), légère ou lourde – Philippe Rouyer (Positif), passionné – Xavier Leherpeur (Studio Ciné Live) – Maroussia Dubreuil [...]

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