PROFONDEURCHAMPS

Réalité palpable d’”Intouchables”

Ce succès millionnaire relève de l’évidence, comme pour beaucoup de blockbusters : le film se fonde sur la simplicité primaire – et binaire – des clichés, des situations, et des dialogues ; identification facile aux personnages : accessibilité garantie. Oui, je pourrais approuver les articles Intouchables : Cendrillon des temps modernes de Delfour ou Untouchable de Weissberg : ce serait donc un film raciste et facile parce que « la mièvrerie plutôt que la complexité, les bons sentiments plutôt que l’analyse ». Pourtant, ce faisant et vu le succès du film, j’aurais l’impression de regarder les spectateurs comme étant « les immuables du premier degré ».

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Les premiers détracteurs de ce film raciste sont Blancs, et bien que cela n’empêche pas leurs légitimes prises de position – et heureusement qu’il y en a – ils n’appartiennent pas à une minorité noire communautariste ouverte (modèle français) ou fermée (modèle nord-américain) dont l’Histoire, pièce rattachée, est marquée par la différenciation ethnique. Et l’interprétation du racisme lorsque l’on n’est pas l’une de ses potentielles proies quotidiennes est tâche délicate…
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Les personnages stéréotypés contraignent le spectateur à s’identifier « inclus ou exclu » selon l’ambiance ghetto des fumeurs de ganja ou l’opéra élitiste des passifs. C’est peut-être cette contrainte que les critiques de cinéma n’ont pas supportée : ils devaient choisir. Alors, approfondissons. En pratique, la France républicaine est raciste et le melting pot Nord-Américain est bien une salad bowl. La dualité est là : Blanc riche ou Noir pauvre. Ce film échoue à la construction et la constitution d’une égalité entre personnages, tout simplement parce que notre réalité l’en empêche et que personne n’y croirait :
- Attends, Omar Sy, il a épousé une blanche ? 
- Oui, tu en connais des femmes Noires de son niveau social aujourd’hui riches et reconnues –  en France, à part Rama Yade ?
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L’abyme qui sépare le cinéma de Ruiz, Godard, Truffaut, Capra, Sauder, Fellini, de celui des Gilou, Besson, Toledano, Nakache & co est palpable là. Le cinéma manichéen comme distraction triviale et organique opposé à celui de l’analyse, de la justesse lucide et avant-gardiste, celui qui fait du cinéma un art et de ses acteurs, des artistes.

La Vénus Noire a été polémique mais n’a pas généré autant de débats et de réflexions,surtout outre-Atlantique, alors que Kechiche remonte avec allure à l’une des figures symboles du racisme pardonné par la science à l’époque, par l’émotion aujourd’hui. Film sur le racisme versus film raciste ? Intouchables n’est pas raciste : noyé dans de l’humour grossier, et de surplus, interprété à foison, il n’est qu’une photographie de notre réalité boiteuse. Voilà notre profondeur de champs.
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Triste instantané que critiquent ceux qui dénient ce qu’ils réprouvent ou qui pensent devoir le faire pour le progrès.
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Cécile de Caunes

3 Commentaires

  • Posté le 21 April 2012 à 15:04 | Permalien

    Tellement vrai, et étrangement, j’ai eu a à peu près les mêmes conclusions lorsque j’ai analysé la musique du film… (http://bit.ly/GHa4U1)

  • Yves
    Posté le 4 June 2012 à 13:16 | Permalien

    Je trouve ton article extrêmement pédant. Il est dommage que tu ressortes ton cours de géographie de Terminale dans cet article, et je ne vois pas ce que le modèle d’intégration américaine à a faire ici ! Peut être que Intouchables ne répond pas aux critères élitistes du Cinéma, mais la simplicité est bien des fois préférée à une complexité égoïste et narcissique.

  • CDC
    Posté le 3 February 2013 à 16:10 | Permalien

    Histoire d’une civilisation déchirée qui n’a pas forcément besoin d’une film “justice”. Distraction tu dis ? As-tu bien ris ?
    Tu m’en vois ravie. C’est vrai, c’est drôle comme on aime ce qui a été conçu pour nous, selon nous, pour nous plaire. On se délecte de ce qui nous ressemble, nous conforte dans nos idées, même secrètes. Au fond, refusons d’être curieux et sceptiques, au risque de paraître prétentieux. Tu n’aimes pas ce qui a plu à des millions d’individus ?! Pédante !!!

    Ce qui est moins drôle c’est d’entendre l’argument récurant, après le tien de distraction, “mais franchement, c’est vrai, c’est triste mais c’est comme ça les banlieues”.

    Et pourtant j’en connais des histoires (vraiment vraies) qui ont enchanté les millions, pendant des années, des siècles, pour diverses raisons de conformisme. A quel prix. Mais tu as raison, rions, distrayons-nous ! C’est ça le cinéma !

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