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François Bégaudeau : “Rester pluriel dans la considération du travail des autres”

Romancier, critique, dramaturge et scénariste, François Bégaudeau est d’abord connu par le grand public pour son rôle dans “Entre les murs” (Palme d’Or 2008), film adapté d’un de ses livres. Entretien furtif avec un homme polyvalent, à l’esprit fulgurant.

Crédit: PR/Var Matin
Dès les années 1990, alors que vous êtes étudiant, vous montez avec des copains le groupe punk « Zabriskie Point ». Le nom est emprunté au film d’Antonioni, j’imagine. On trouve déjà ici cette interpénétration des arts (ici le ciné et la musique), cette correspondance entre les références, les sources d’inspiration que vous avez toujours entretenue dans votre travail de création, non ?
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Je me suis très tôt intéressé au rock, aux livres, et aux films, à parts égales. Pendant les années Zabriskie, je n’étais pas du tout disposé à consacrer tout mon cerveau au punk-rock, aussi immense soit l’intérêt que je portais -que je porte- à cette musique. Dans le camion de tournée, ça parlait indifféremment du dernier NOFX, du Godard vu la veille ou de Deleuze, plus ou moins lu. On peut se spécialiser dans une activité, c’est peut-être même souhaitable (à discuter), mais il me semble nécessaire de rester pluriel dans la considération du travail des autres. On s’est beaucoup heurté aux punko-punks sur ce mode. Des monomaniaques on en trouve partout. Des monothéistes. Dans la cinéphilie aussi, et dans le monde des lettres.
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D’ailleurs, vous multipliez les contributions et les activités de façon impressionnante (TransfugeLes Cahiers du cinémaLe Cercle, votre projet LitigesSo foot, vos bouquins, votre métier d’acteur, de chanteur). Vous considérez-vous comme hyperactif ? Si oui, d’où cela vient-il, selon vous ?
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Laissez-moi rectifier :  vous oubliez pas mal d’activités (les chroniques dans Le Monde, les documentaires avec le collectif Othon), et vous m’en inventez (je ne suis pas du tout acteur, et plus du tout chanteur).
Pour le reste, on peut simplifier l’affaire : mes trois activités régulières sont celles d’écrivain (roman, essais, théâtre), de critique, et de scénariste. Au fond il n’y a pas là-dedans une si grande multiplicité, puisque dans tous les cas il s’agit d’écrire, de pisser la copie comme dit ma copine Patricia. Et je suis loin d’être le seul concerné par cette diversité de supports. Ma situation n’est pas si originale.
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Vous avez commencé en tant que professeur de français à Dreux, puis Paris. Au-delà du très important « Entre les murs », qu’est-ce que le rapport au groupe classe, aux élèves,  à l’enseignement vous ont apporté, personnellement ?
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Ça a essentiellement contribué à tuer en moi le paternalisme républicain, et à devenir le démocrate que j’étais.
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Quel rapport entretenez-vous avec les récompenses et les éloges ? La reconnaissance de vos pairs –qui vous est acquise aujourd’hui- a-t-elle une importance pour vous ?
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Je crois qu’on a pu constater que je n’investissais pas grand chose dans ce genre de gratifications. Question de tempérament. L’importance que d’autres y accordent continuent de m’étonner, pour ne pas dire de me consterner.
Quant à la reconnaissance des pairs, il faudrait vraiment prendre le temps de l’évaluer, parce qu’elle ne va pas de soi.
La seule chose qui m’importe c’est d’être lu. Que les gens pensent ce qu’ils veulent mais sur la foi de lectures –ce qui ne va pas de soi non plus.
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Dans « Litiges » (projet de sitcom), vos personnages évoluent, en partie, à Nantes. C’est la ville de votre enfance. Quelle place prend-elle dans votre vie comme dans votre création ? La Château des Ducs hante-t-il votre esprit ?
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Le Château des Ducs m’évoque essentiellement un soir où j’ai vomi sur les pelouses des douves –pas par punkitude, juste par mégarde
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Maintenant, quelques questions à bâtons rompus. Vous êtes aussi passionné de foot, non ?
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Pas passionné, non.
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Quels sont vos grands projets à l’avenir ?
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Une médaille à Londres.
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Un livre, un film, un acteur, un écrivain préféré(s) ?
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On dirait une question d’Ariane Massenet. Vous valez mieux que ça !
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Les propos et les sujets que vous déployez dans votre œuvre ont d’infinies implications politiques. Justement, quel regard posez-vous sur la situation politique actuelle de la France ? Sur la campagne, etc ?
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Donnez-moi 10 pages et on en parle.
L’élection présidentielle, séquence monarchique, m’intéresse peu. Ce qui ne m’empêchera pas de voter Joly (la plus radicale, de loin) ou Mélenchon pour son marxisme objectif (l’économique et le social au centre)
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Marie Sauvion, que nous avons déjà interviewée, nous a dit que vous « déchirez » tout  sur la chanson « Quand j’étais chanteur », pendant vos soirées karaoké avec l’équipe du Cercle. Vous confirmez ? François Bégaudeau est aussi un crooner ?
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Marie a  sublimé ma prestation. Appelons ça l’effet Gin Tonic. Mais la chanson de Delpech figure bien dans mon top 3 de l’histoire de la variété française –qui ne compte que 4 chansons.
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Pour finir, une question que l’on pose toujours. Le nom de notre revue, « Profondeur de champs », ça vous inspire quoi ?
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Ça m’évoque mon chouchou Rohmer, qui fait toujours vivre l’arrière-plan, contrairement à pas mal de cinéastes aujourd’hui en activité. Sinon j’imagine que par là vous signifiez vouloir travailler en profondeur, et non dans la superficialité de l’info en continu. Je ne peux qu’approuver.
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Entretien réalisé par Quentin Jagorel, le 10 avril dernier
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Retrouvez François Bégaudeau sur www.begaudeau.info

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