PROFONDEURCHAMPS

Bowerbirds : “Une nostalgie inconsciente”

Armés d’une production plus chiadée que jamais au service de leur folk indémodable, Bowerbirds revient avec un troisième excellent album, The Clearing. Rencontre passionnante avec Beth Tacular, fondatrice du groupe créé en 2006 en Caroline du Nord.

Comment la musique est-elle apparue dans vos vies ? Quand et comment avez-vous décidé de commencer le projet Bowerbirds ?

Phil et moi avons commencé à jouer de la clarinette quand on était enfants, et Phil avait aussi commencé les percussions dès l’école primaire. Nous sommes tous les deux passés par de nombreux instruments jusqu’à la fin du lycée. En fait, je m’intéressais beaucoup à la dance, la musique et aux visual arts, mais j’ai dû faire un choix et je me suis orientée vers l’art parce que j’étais meilleure dessinatrice que chanteuse ou danseuse. Pendant ce temps, à l’âge de onze ans, Phil avait créé un groupe avec ses meilleurs amis dans lequel il chantait. Ce groupe changea plusieurs fois de nom au cours des années.

Jusqu’en 2004, année de notre rencontre, Phil continua à jouer dans différents groupes, à la fois avec ses amis et avec des gens qu’il avait rencontrés au fil des années. Quand j’ai fait sa connaissance, il était dans ce même groupe qu’il avait créé avec ses amis de toujours, Ticonderoga. C’est aussi à cette époque là qu’il a commencé à écrire des chansons plus douces et acoustiques, loin du post-rock expérimental de son groupe. Je suis absolument tombée sous le charme de ces chansons et je l’ai encouragé à continuer à travailler dessus. Je peignais à l’époque, mon art et sa musique s’inspiraient des mêmes thèmes tirés de nos expériences respectives dans les lieux reculés.

Au cours de l’été 2005, nous avons passé six mois dans les espaces sauvages de South Carolina. Là, Phil a commencé un job consistant à traquer et étudier un oiseau appelé le Swainson’s Warbler. Du printemps jusqu’à l’automne, nous étions à une heure en voiture de toute civilisation et là, dans cet endroit magnifique, nous sommes devenus très proches des plantes, des animaux, des étoiles. Tout ce que j’ai peint et toute la musique qu’il a composée à ce moment là sont une ode à cet endroit, une sorte de lettre ouverte adressée à cette culture qui prend le pas sur la nature et la détruit petit à petit.

Finalement, on a appelé notre groupe du nom d’un des animaux les plus artistiques que l’on connaisse, le Bowerbird, qui créé des choses incroyables en utilisant ce qu’il trouve dans la nature. Cet animal représente tout à fait l’esprit de notre projet. J’ai appris à jouer de l’accordéon pour qu’on puisse jouer ensemble. On a commencé très doucement, avec une guitare, un accordéon, une grosse caisse, et très rapidement notre ami Mark (Mark Paulson, ndlr) nous a rejoint au violon. Il nous a aussi aidé à enregistrer notre premier EP au printemps 2006. Il faisait déjà parti du groupe d’enfance de Phil et il nous accompagne sur la plupart de nos tournées.

Je sais que c’est une question terriblement difficile mais pouvez-vous penser à cinq albums qui vous ont influencé et qui jouent un rôle sur la façon dont vous concevez la musique ?

Graceland, de Paul Simon, a été un album très important pour Phil quand il était enfant. Il a beaucoup pensé à ce disque pendant l’enregistrement de The Clearing, notre dernier album. Il y avait cette même volonté chez Phil d’incorporer des sons latins et africains, mais d’une manière différente.

Milk-Eyed Mender de Joanna Newsom est sorti au moment où Phil commençait à composer ces chansons acoustiques qui deviendront Bowerbirds quelques années plus tard. Cet album nous a absolument renversé et il a donné confiance à Phil envers sa musique plus acoustique et pour écrire des paroles avec plus de sens, moins énigmatiques. Son style d’écriture est différent de celui de Joanna Newsom mais elle nous a immédiatement inspirée.

Nevermind, de Nirvana. Un album absolument incroyable.

The Black Saint and the Sinner Lady de Charles Mingus. Il nous a appris à prendre plus de liberté musicale, à apprécier l’imprécision.

Blonde on Blonde de Bob Dylan. Cet album a accompagné Phil quand il était dans le Sud-Ouest.

Best…I, des Smiths. C’est avec ce disque que j’ai appris à chanter en harmonie.

Désolé, ça fait six.

Quand j’écoute votre musique, j’ai le sentiment qu’il y a quelque chose de terriblement nostalgique qui en sort. La musique est-elle un moyen pour vous d’exprimer cette nostalgie ou est-ce que cela se passe inconsciemment ?

Je pense que cette nostalgie est inconsciente. En fait, non, il y a cette façon dont nous parlons des souvenirs, de l’évolution de notre perception d’un monde en perpétuel changement. Nous avons cette nostalgie d’une époque que nous n’avons que peu ou pas connue, cette époque où nous ne connaissions rien de la terrible réalité de notre société. Mais ce n’est pas une nostalgie sentimentale. C’est plutôt une sorte de profonde tristesse, un manque d’un temps où les choses étaient moins confuses.

Personnellement, je déplore la perte d’un lien avec la terre. La culture aujourd’hui est totalement déconnectée de la planète. Nous souillons et détruisons notre propre lit, on jette des ordures à la figure de notre mère, de nos cousins, de ceux qui nous nourrissent. Quand on chante ces chansons à propos d’un temps révolu, ou des esprits, ou de tout ce genre de choses, on parle de ce fil très mince que nous suivons et qui nous amène à un savoir perdu, ce savoir de nos ancêtres.

Vous savez, Phil et moi avons grandi avec des parents qui n’étaient pas à proprement parler des hippies mais qui étaient très sensibles et ouverts au monde. Ce n’est pas de la naïveté, ce dont certaines personnes nous taxent parfois. C’est simplement un manque de cynisme et de lassitude, une capacité à percevoir la beauté. Je pense que notre société essaye de supprimer ça chez les personnes, c’est pourquoi nous nous accrochons tous les jours un peu plus à cet idéal.

Sur vos précédents albums, vous sembliez avoir une approche très pure et primale de la musique folk, en vous focalisant autour de la guitare et de la voix, le tout enregistré de façon très DIY (Do-It-Yourself) et presque live. Était-ce un choix ou une contrainte ?

C’était très clairement un choix. Les chansons peuvent paraître simples mais elles sont en fait assez complexes, juste sans ornements inutiles. Elles ne sont d’ailleurs pas si faciles à jouer. En fait, après son expérience dans le groupe Ticonderoga, qui était centré autour de l’exploration et l’expérimentation sonore, Phil a senti que le groupe pâtissait de cette trop grande diversité de directions musicales. Il a, avec Bowerbirds, choisi une direction unique, simplifié sa palette de sons, le tout avec un son naturel et lancinant. Le choix de nos instruments fait écho au monde dans lequel nous nous trouvions, dans cette wilderness, où seuls les bruits du vent et des animaux se font entendre.

Au moment où nous écrivions The Clearing, nous avions vécu depuis cinq ans dans la nature, en Caroline du Nord, où nous construisons notre maison depuis des années. Le son de cet album reflète à la fois l’endroit où nous habitons et nos vies, occupées par ces tournées dans le monde entier.

Sur cet album vous avez travaillé avec l’ingénieur du son de Bon Iver, Brian Joseph, et le son, comme la production, sonnent plus « gros ». Pourquoi ce choix de quitter le monde du Do-It-Yourself ? Ce troisième album était-il l’occasion de faire quelque chose de commercialement plus viable ?

Brian est un vieil ami et une personne merveilleuse. Nous avons commencé l’enregistrement avec lui, appris beaucoup de techniques importantes, puis terminé le reste de l’enregistrement seuls, dans notre maison à la campagne. Donc cela reste largement DIY, mais nous voulions effectivement élargir notre son. Les récents évènements qui ont marqué notre vie ces dernières années – je suis tombée très malade, Phil et moi nous sommes séparés un moment, j’ai écrasé un chien et en ai adopté un autre – ont été très intenses. Nous avons ressenti tout cela de façon très intense, et nous voulions que notre musique traduise la façon dont nous nous sentons.

On était aussi quelque peu limités par la direction que nous nous étions imposées pour Bowerbirds, avec cette simplification volontaire de notre palette sonore. Nous étions prêts à plus explorer et expérimenter, nous voulions élargir et approfondir notre son.

Cependant, je ne suis pas sûre que cela rende nos chansons plus viables commercialement. Nous voulions juste exprimer de la façon la plus juste possible ce que nous ressentions, tout en prenant une nouvelle direction esthétique, en prenant notre temps, en travaillant avec le souci du détail et de la précision.

Comment décririez-vous ce nouvel album ? En quoi est-il différent de vos précédents et quelle place prend-il dans l’évolution de votre musique ?

Je me suis plus impliquée, et ce dès le départ, pour cet album. Sinon les paroles sont très personnelles et centrées sur des détails de nos vies et sur les problèmes que nous rencontrons quotidiennement.

Je pense aussi que les structures des chansons, ainsi que les arrangement, sont plus complexes qu’avant et prennent un peu plus longtemps à comprendre que sur nos précédents disques. Nous avons fait très attention aux détails des chansons, à élaborer notre son de manière fractale. Tous les détails sont une manifestation d’une même formule, créant ainsi des structures plus larges.

J’ai voulu pouvoir fermer les yeux en écoutant ces chansons et voir des paysages détaillés et complexes. Je ne sais pas si c’est très clair mais c’est de cette façon très visuelle que j’appréhende la musique.

Enregistrer, est-ce un exercice que vous appréciez ?

Oui, mais cela peut être très frustrant. Un soir par exemple, j’ai fait plus de 18 prises pour la chanson Hush, dans notre maison surchauffée car on devait éteindre l’air conditionné et les ventilateurs pour enregistrer. J’étais en nage. Mais j’ai finalement fait deux prises qui m’ont plu. Je pensais avoir la bonne émotion pour la chanson. Mais le lendemain matin, nous avons réécouté la prise et nous pouvions entendre les criquets dans le fond de l’enregistrement. J’ai donc dû tout recommencer.

La partie que nous préférons est très clairement celle de l’écriture, ainsi que celle de la scène bien sûr. Pour notre prochain album, nous allons soit l’enregistrer live, soit l’enregistrer au fur et à mesure de l’écriture pour capturer l’émotion initiale de la chanson. Nous avons eu beaucoup de problèmes pendant l’enregistrement à reproduire l’atmosphère qu’il y avait sur nos démos, ce qui est parfois impossible.

Le clip de votre nouveau single, Tuck The Darkness In, semble être une critique de la façon dont les animaux sont traités par la société moderne (un jeune garçon relâche un poisson de la prison que représente un supermarché). Êtes-vous un groupe très « eco-friendly » et politiquement conscient ?

Oui. Nous n’avons pas de problème à consommer des animaux. Les humains ont évolué d’une façon telle qu’ils sont omnivores et la nourriture qui vient de la mer, ainsi que d’autres animaux, sont bons pour la santé. Mais nous n’aimons pas la façon dont les animaux sont vus et traités par la plupart des gens. Il y a un manque total de respect et de considération de la part de notre société pour ce qui n’est pas humain, les animaux mais aussi les plantes, etc…

Nous sommes très impliqués politiquement et conscients du monde naturel, et de notre dépendance envers la bonne santé de ce monde, laquelle santé est en grand danger en ce moment.

Vous commencez bientôt une tournée au cours de laquelle vous allez alterner entre salles de concert et festivals de musique (vous allez notamment jouer au mythique Lollapalooza Festival, cette année à Chicago). Que préférez-vous entre ces deux sortes de concerts ?

Les grands festivals sont toujours incroyables à jouer. Il y a tellement de gens qui regardent, c’est absolument palpitant de jouer en les observant. Tant de personnes qui semblent vouloir écouter les chansons que l’on écrit, cela donne un sens à ce que nous faisons. C’est aussi très amusant d’être démonstratifs sur scène et de bouger partout, ce qui peut se révéler gênant quand on joue devant un public plus restreint.

Mais nous aimons l’intimité des plus petites salles, où l’on peut regarder les gens dans les yeux, échanger. Cela dépend aussi du nombre de personnes qui nous accompagnent sur scène, et de la puissance de notre son. Pour notre tournée la plus récente, nous avions cinq musiciens avec nous et c’était un peu trop pour les quelques petites salles où nous avons joué. La taille parfaite avec ce lineup est entre 700 et quelques milliers de personnes.

Une dernière question : le nom de notre magazine, Profondeur de champs, est très influencé par le cinéma (c’est un jeu de mot autour du concept de profondeur de champ). Comment voyez-vous la relation entre la musique et le cinéma ?

Notre passe-temps favori est de regarder des films. Nous regardons principalement des films indépendants ou étrangers (pas de productions hollywoodiennes en somme), ou des documentaires. Nous regardons beaucoup de films dramatiques. Nos réalisateurs favoris sont Michel Gondry, Lars von Trier, et Terrence Malick. Nous voulons que notre musique touche les gens de la même manière que les films nous émeuvent. Nous voulions que ce nouvel album soit très cinématographique et dynamique dans ses différentes strates, comme un bon film sait l’être. C’est comme cela que l’on ressent ce disque.

Les bons films, ce sont aussi de bonnes bandes originales. Nous aimons aussi beaucoup les clips musicaux et nous finissons toujours en larmes quand un réalisateur nous envoie la version finale de la vidéo de nos chansons. Nous avons quelques personnes qui travaillent sur de nouvelles vidéos pour nous en ce moment même. C’est un sujet auquel j’ai beaucoup réfléchi et j’aimerais bien me mettre à l’animation ou au stop-motion. Ça serait quelque chose de finalement assez naturel pour moi et que j’adorerais explorer. Peut-être que je réaliserai le clip d’une de nos chansons un jour.

Mais oui, le cinéma et la musique partagent des caractéristiques communes, tout particulièrement la représentation de la musique qui est tout aussi visuelle qu’un film.

Entretien réalisé avec Beth Tacular de Bowerbirds, par Paul Grunelius. Traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Grunelius.

Vous pouvez retrouvez l’actualité du groupe ici.

                                                                                                                                           

English version

How did music first appear in your life? When and how did you decide to start the Bowerbirds project?

Both Phil and I started playing the clarinet as children, and Phil also played percussion in elementary school.  We each played various instruments until the end of high school.  I was actually interested in dance, music and visual art, but I had to choose one to be my main focus, for school classes, and I chose art, because I was better at drawing than singing or dancing.  Phil meanwhile had started a band with his best friends when he was eleven years old, and he was the singer of the band, which changed its name several time over the years.  

Phil played in bands, with those same original friends, and with other people he met along the way, until I met him in 2004.  He was still in the last incarnation of the band with his old best friends, called Ticonderoga, when I met him, and when he started writing songs that were quieter and more acoustic than most of the experimental post-rock music he was making with that band.  I encouraged him to keep working on those songs, which I found beautiful.  I was a painter at the time, and we made art and music with similar themes, largely inspired by the time we spent in remote areas.

In the summer of 2005, we went to the wilderness of South Carolina for half a year, where Phil took a job tracking a small bird called the Swainson’s Warbler, to study it in its swampy habitat.  We were an hour’s drive from other people for the whole late spring into early fall, and so we became really close with the plants and animals, and the stars, out in that beautiful place.  All my art and his music made during that time was an ode to that place, and sort of an angry letter to the culture that is taking over the planet and is set to destroy all the remaining beautiful places left on Earth.

Eventually, we named the band after one of the most artistic non-human animals, a bird which is great at taking scraps and creating something amazing.  It was a good spirit animal, or power animal, to take for our project.  I taught myself to play the accordion, so that we could play together.  We started out very quiet, with nylon-string guitar, accordion, bass drum, and then our friend Mark joined us on violin.  He also helped us record our first EP in Spring of 2006.  He was another of the original members of Phil’s since-childhood band, and he’s played with us on most of our tours since then, joining us when he can.

I know it is a terribly complicated question but could you think of five albums that influenced you and shaped the way you make music?

Paul Simon’s Graceland was a very important album to Phil as a child.  He was thinking about that album a lot while we were making The Clearing, our latest album.  Phil wanted to incorporate African and Latin sounds into his songs, much as Paul had wanted to incorporate them into Graceland.  But we wanted to do it in a different way.

Joanna Newsom’s Milk-Eyed Mender came out when Phil had just started a few of the new acoustic songs that would become Bowerbirds.  That album blew our minds, and it gave Phil the confidence to try to put his acoustic music out into the world, and also to write more meaningful lyrics, less cryptic ones.  Phil’s writing style is different from hers, but we immediately recognized her prowess and were inspired, for sure.  I think we are among a huge contingent of musicians who were inspired by Joanna Newsom.

Nirvana’s Nevermind. Just an amazing album.

Charles Mingus’ Black Saint and the Sinner Lady.  Taught us how to fly off the handle, be proud of looseness.

Bob Dylan’s Blonde on Blonde.  Phil’s traveling companion when he was in the Southwest.

The Smith’s Best…I.  Learned how to sing harmonies with that.  

Sorry, that’s six.

When I listen to your music, I feel that there is something terribly nostalgic that comes out of it. Is music a way for you to express this nostalgia or does this happen unconsciously?

I guess the nostalgia is unconscious.  Well, no, there is a way that we talk about memories, and how our perceptions of the world have changed as we have gotten older.  There is a nostalgia for a time before we were born, or for when we were younger, before we learned about a lot of the ugly realities of the world.  But it’s not a sentimental nostalgia, but is more of a deep sadness, and a deep missing of a time when things were more clear and less muddled.

I know that I personally grieve the loss of a connection to the land, that the culture at large on Earth right now has totally lost sight of.  We are soiling our own bed, throwing trash all in the face of our mother, of our cousins, and of those that feed us.  When we sing songs about a lost time, or spirits, or anything along those lines, we are talking about the tiny thread we have found that leads us back to lost knowledge, knowledge that our ancestors, long ago, all held close.

And, you know, both Phil and I grew up with parents who weren’t exactly hippies, but who were very sensitive and full of wonder about the world.  It wasn’t naïveté, as people sometimes also accuse us of.  It was just a lack of cynicism and jadedness, and ability to perceive beauty.  I think life in this current society tries to beat that out of a person, and Phil and I are struggling always to hold onto that sense of wonder, and a kind of hope that people can find their way back to a way of life that’s more sustainable, and that will make them a lot more at peace in the world. 

On your previous albums, you seemed to have a really raw and primal understanding of folk music with a music centered on nylon-string guitar and voice, recorded in a really DIY (Do-It-Yourself) and nearly live way. Was this a choice or a constraint?

It was a choice.  The songs come across as raw, but they are actually pretty complex, just without many frills.  They aren’t the easiest to learn to play. But after playing in Ticonderoga, where the whole idea was exploration and using everything the guys could find around them to make sounds, Phil really felt that that band had suffered from going in too many directions.  He wanted to choose one direction, simplify the sonic palette, and make it sound natural and haunting.  The choice of instruments matched the world we had found ourselves in, in the wilderness, where the only sounds were those of the wind and the animals around us.

By the time we were writing The Clearing, we had been living for five years in a different natural place, in North Carolina, where we’ve been building our home for years, and the sound of that album reflects more of the sounds both of where we live, but also is a reflection of our busy lives touring and experiencing cities around the world.

Precisely, on this new album you worked with Bon Iver’s sound engineer Brian Joseph and the sound and production are « bigger ». Why this choice to leave the DIY world? Is this third album the time to do something more commercially viable?

Brian is an old friend and a beautiful person.  We worked with him to begin the recording process, learned some important techniques from him, and then we did the rest of the recording ourselves, in our house in the country.  So it was still largely DIY, but we definitely wanted to enlarge our sound.  The events in our lives over the last few years were really intense, including my having gotten really sick, and Phil and I breaking up for a while, and my having run over and then adopted a dog who ran in front of our tour van, among other things.  We felt everything in a very intense way, and we wanted the music to reflect how we felt. 

We had also gotten to feeling a little restrained by our own self-imposed direction for Bowerbirds – by the deliberate stripping down of the sonic palette.  We were ready to do some more exploring and experimenting, and we wanted to broaden and deepen the sound.  

I’m not sure if it makes the songs more commercially viable.  We just wanted to make the best expression of what we were feeling as possible, while also making a new aesthetic statement about taking time, working on something with a lot of care and attention to detail.  Which we think of as a good way to live one’s life.

How would you describe this new album? How is it different from your previous ones and an evolution in your music?

I was more involved from the beginning on this one.  Otherwise, the lyrics are very personal and centered on the details of our particular lives, in a particular place, and on the issues we struggle with on a day-to-day basis.  

I also think the song structures and arrangements are more complex than before, and maybe take a little longer, or a few more listens, to understand, than our first record did.  And we paid a lot of attention to all the details of the songs, and to trying to elaborate our sound in the way that a fractal develops.  Where all the details are a manifestation of the same formula that creates the larger structures. 

I personally wanted to be able to close my eyes while listening to the songs, and to be able to envision very detailed and intricate landscapes, rather than simple and soft-focused ones.  I’m not sure that will make any sense, but that’s how I think about music, in a very visual sense.

Is recording something you like to do?

Yes.  But it can be very frustrating.  There was an evening, for example, where I did like 18 takes of the song Hush, in our really hot house, because we had to turn the air conditioner and fans off to record.    I was dripping with sweat.  But I finally did a couple takes I was really happy with, where I felt I had really been expressing the exact right emotion for what the song was about.  But then in the morning, we listened back to it, and you could hear crickets in the background.  So I had to start over.  

Our favorite parts are really the writing part, and the performing part.  Next time we write an album, we will either try to record it live again, or we will record it as we are writing it, so we can capture that initial feeling that the song is about.  A lot of our struggle during recording was to reproduce the feeling we had created on our demos, which is sometimes impossible, and you have to just go with whatever feeling you have at the time you are recording.

The video of your new single seems to be a kind of criticism of how animals are treated by modern society (a young boy sets a fish free from his « supermarket-jail »). Are you a really « eco-friendly » and “politically-conscious” band?

We are.  We don’t have a problem with eating animals.  Humans evolved to be omnivores and are healthiest when we eat seafood and some other animal products.  But we dislike the way non-human animals are viewed and treated by most people.  There is a total lack of respect and understanding for non-humans, and not just of animals, but also plants, fungi, etc, by most people these days. 

We are very politically conscious and aware of the natural world and of our reliance on the health of that world, which is under extreme threat right now.    

You are soon beginning a tour in which you will alternate between music venues and music festivals (you will notably play at the Lollapalooza Festival in Chicago). What do you prefer between these two kinds of performances?

Large festivals are amazing to play.  There are so many people watching, and it’s incredibly exciting to sing and look out at all of them.  There’s something about a large group of people that helps us feel like there is a point to what we are doing, that people might want to actually hear these songs we wrote.  It’s also fun to be physically demonstrative on stage and move around a lot, which can feel awkward when we are playing in front of a small, seated crowd.  

But we do like the intimacy of a smaller room, where you can look people in the eye when you are playing, and then talk to people afterwards.  It also really depends how many people we have on a particular tour, and how big our sound is.  For our most recent tour, with five multi-instrumentalists, it felt a little confining at the few shows we played in small venues.  The best size room for that lineup was about 700 to a few thousand people.  That’s where it felt most natural.

Last question: the name of our magazine is heavily influenced by cinema (it’s a pun on depth of field). How do you see the relation and interaction between music and cinema?

Our biggest pastime for relaxing is watching movies.  We watch mostly independent films, or foreign (non-Hollywood) films, or documentaries.  We watch a lot of dramas.  Michel Gondry, Lars von Trier, and Terrence Malick are our three favorite directors.  We want our music to affect people in the same way their movies affect us.  We also wanted our new album to be cinematic and to be dynamic in its layers of feelings that we went through, like a good movie. 

It feels that way to us, whether or not other people are getting that out of it!  Great movies also have great soundtracks.  We also love good music videos, and we always end up crying when a director sends us back our finished music video.  We have a few people working on new videos for us right now.  I actually have been thinking I would like to get into animation or learn to build the puppets for stop motion movies.  That’s something that would come pretty naturally to me, and I’d love to explore that at some point.  Maybe I’ll make a video for one of our songs one day.

But yes, cinema and music share common traits, and especially the performance of music, which is as visual a thing as a film.

2 Commentaires

  • Jean
    Posté le 29 May 2012 à 16:16 | Permalien

    Merci pour l’interview ! C’est toujours aussi intéressant de les entendre parler de leur musique !

    J’ai juste repéré une erreur dans la première partie : l’endroit où ils ont passé 5 mois est en South Carolina et pas en South California

    • Paul
      Posté le 29 May 2012 à 19:47 | Permalien

      Ah oui en effet, petite erreur d’inattention, voilà qui est corrigé. Merci ! Paul

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