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Bruno Le Maire : « Il n’y a pas de politique sans culture »

En marge du rassemblement de ses troupes à Paris le 7 décembre, Bruno Le Maire a accepté de répondre à quelques questions de nos deux rédacteurs. L’occasion, pour cette figure montante de la droite, de fendre l’armure et de s’essayer à l’art délicat de la selfie. Confessions culturelles d’un amateur de Proust, de Bach… et de U2.

Bruno Le Maire s'essayant à l'art délicat de la "selfie"
Bruno Le Maire s’essayant à l’art délicat de la “selfie”

Pourquoi écrivez-vous ?

C’est très difficile de répondre à cette question, parce qu’en fait on écrit par nécessité. On ne se pose pas la question “Pourquoi est ce que j’écris ?“, on écrit par ce qu’on ne peut pas faire autrement, parce qu’on a besoin d’exprimer, de se libérer de certaines choses. Par exemple, sur les écrits politiques, Le Ministre, Des Hommes d’État, Jours de Pouvoir, qui font en fait une trilogie, c’était à chaque fois une façon de mettre derrière moi une expérience politique – celle avec Dominique de Villepin dans le Ministre, celle avec Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac dans Des Hommes d’État, celle de ministre dans Jours de Pouvoir  et de passer à autre chose. J’ai besoin de revenir sur ce que j’ai fait, de l’exprimer, de le fixer par écrit, de donner une forme pour ne pas le perdre, pour que cela ne sombre pas dans l’oubli, et en même temps ça me donne un élan pour passer à autre chose. Écrire, c’est aussi se débarrasser de certaines choses.

Quel lien voyez-vous entre politique et culture ?

Un lien absolument essentiel. Il n’y a pas de politique sans culture, parce que la culture est l’expression de l’identité d’un peuple, de l’identité d’une Nation, surtout en France où la culture occupe une place aussi importante. Quand on fait de la politique, c’est pour servir l’ensemble de ses concitoyens, et si on veut comprendre ce que sont ses concitoyens, je pense qu’il faut connaître la culture, aimer la culture. Ce n’est pas une place accessoire. Souvent on dit « Tiens la culture, c’est comme l’économie, la défense, les questions européennes, c’est un sujet parmi d’autres ». Pour moi, ce n’est pas un sujet parmi d’autres, c’est le sujet qui est dans tous les sujets, c’est une manière d’aborder les autres sujets. Les deux sont donc intimement liées.

Quel est votre premier souvenir artistique ?

Je ne suis pas sûr que je saurais répondre à cette question. Je pourrais dire qu’il y a des émotions artistiques fortes, qui peuvent être cinématographiques : je me souviens la première fois que j’ai vu un film de Tarkovski, qui s’appelait Andreï Roublev, ça a été un choc esthétique. La première fois que j’ai lu du Proust, je ne savais pas qu’ensuite j’allais y consacrer dix ans, puisque ça a été une espèce d’éblouissement. La première fois que j’ai lu du Faulkner, je ne suis pas sûr d’avoir très bien compris (sourire) mais ça a été un vrai éblouissement aussi. Puis après, comme j’aime bien creuser, comprendre, répéter, vous lisez tous les livres de Faulkner qui vous tombent sous la main et ça va d’éblouissement en éblouissement. Donc c’est plutôt comme ça que ça marche, c’est une succession de révélations, et ce qui pour moi fait la révélation, c’est que l’œuvre artistique doit briser quelque chose en vous. Elle doit vraiment être un choc. La vraie révélation c’est celle qui brise quelque chose en vous.

Quel héros de fiction vous inspire ?

Zorro (rires)

Quel livre vous tombe des mains ?

Ulysse, de Joyce… Pourtant j’ai essayé à plusieurs reprises.

Quel est votre livre de chevet, en ce moment ?

Le livre que je lis en ce moment, c’est les mémoires de Salman Rushdie, Joseph Anton, qui est un très très beau livre sur la liberté.

(Un assistant : Depuis un petit moment…)

Ca fait 900 pages hein (rire). Et puis sinon j’ai un certain nombre de livres de Kafka, de Proust, que j’ai toujours à côté de moi.

Votre dernière exposition ?

Ca remonte à longtemps, je n’y vais quasiment jamais. Je vais vous expliquer pourquoi : quand j’étais petit, mon père m’emmenait toujours faire des expositions. Donc aller à une exposition, pour moi c’est « faire » une exposition. Donc je vais beaucoup au cinéma, je lis beaucoup, j’écoute énormément de musique – surtout dans ma voiture, pour les pauvres qui m’accompagnent – mais les expositions j’y vais très très peu. Je crois que la dernière que j’ai vue ça doit être à Londres, une exposition sur un peintre industriel. J’ai oublié son nom mais c’était très bien.

En parlant de musique, si on fouillait dans votre iPod, qu’est-ce qu’on trouverait ?

On trouverait beaucoup de classique : beaucoup de Bach, beaucoup de Beethoven. Et on trouverait du Adele – que j’aime beaucoup – et du Stromae grâce à Paul [NDLR : son assistant]. Et beaucoup de U2 aussi, je suis un fan de U2.

Votre film préféré ?

Je n’ai pas de film préféré : chaque film vous apporte quelque chose de différent, et une sensibilité c’est une sensibilité qui s’intéresse à plusieurs choses, qui trouve des points d’équilibre dans plusieurs œuvres, pas dans une seule. Après j’ai des films fétiches, comme Le Mépris, à la fois parce que je trouve ça très beau et parce que ça me fait beaucoup rire. Ca a un côté décalé qui me fait rire.

On passe aux questions tac au tac… Bach ou Beethoven ?

Bach. J’adore Beethoven, mais le seul dont je ne me lasse absolument jamais et qui d’une certaine façon purifie l’âme, c’est Bach.

Miley Cirus ou Justin Bieber ?

(Rire) Justin Bieber… Vous avez la même coupe !  (rires)

Beatles ou Stones ?

Stones.

La bière préférée de Chirac était la Corona, quelle est la vôtre ?

(Sourire) Moi la 1664. Tout simple.

Propos recueillis par Pierre de Féligonde et Simon Laplace

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