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Frànçois & The Atlas Mountains : “La littérature me paraissait être l’art le plus noble”

Dans le paysage musical hexagonal, François Marry et sa joyeuse bande détonnent : premier groupe français signé sur l’immense label londonien Domino Records, leur pop ondule au hasard d’influences qu’ils ont nombreuses et raffinées. Le regard figé dans le lointain, François chante, il pense, accompagné par le souffle unique de ces “montagnes” qui l’entourent. Quelques mois après la sortie de leur nouvel album - Piano Ombre -, le groupe nous reçoit pour un entretien exceptionnel.

Capture d’écran 2014-05-12 à 19.24.14Vous n’en avez pas marre de répondre à des interviews ?

Pas sur le principe, c’est quand même un luxe de pouvoir vivre de la musique, c’est normal qu’une partie du travail ne soit pas idéale. La plupart du temps, j’ai à faire à des gens passionnés en face de moi. Parfois les journalistes me font découvrir des bons artistes comme Antonio Variaçoes, qu’un journaliste du Monde m’a fait découvrir récemment.

Vous entrez pour la première fois en studio pour travailler avec un producteur, vous faites la une de tous les magazines qui comptent : Piano Ombre, c’est le passage à l’âge adulte de François and the Atlas Mountains ? C’est agréable d’être adulte ?

Oui, c’est agréable que le projet évolue tout simplement. Je n’utiliserai pas de métaphore aussi dramatique que celle du passage à l’âge adulte (rires), mais je suis tout du moins content que l’on soit pris sérieusement.

Musicalement, vos influences (de Dominique A à la musique africaine en passant par David Byrne) semblent ne jamais avoir été aussi bien digérées, « régurgitées » avec une grande liberté et cohérence. Vous sentez-vous en pleine possession et maîtrise de votre musique ?

Et bien je sais que j’aime faire de la musique avec laquelle je me sens en phase, et pour cela il faut que j’aie l’impression de me découvrir plus profondément quand je fais de la musique. Je dois avoir l’impression que ce qui sort de moi est plus que la somme de mes inspirations. L’ensemble est supérieur à la somme des parties.

On a beaucoup parlé de votre tournée en Afrique. Que vous a-t-elle apporté dans la conception du nouvel album, et sur le plan personnel ? C’est vertigineux de se confronter ainsi aux racines de la musique qu’on créé ?

Oui, c’était une belle experience. On a surtout été très touchés que les africains apprécient notre musique. Un guitariste de Ouagadougou nous a même dit qu’il comprenait le terme psychédélisme grâce à notre venue ! Même si bien sûr, selon moi c’est plutôt nous européens qui avons tout à apprendre de l’Afrique en terme de musicalité.

Nous avons enregistré quatre titres en Afrique qui sortirons à la rentrée. Mais à vrai dire, Piano Ombre était un peu déchargé du fantasme de l’Afrique.

Tu lis beaucoup quand tu écris tes chansons ? Quel est ton processus de création d’ailleurs ?

J’écris quand ça vient. Souvent en marchant, ou en m’endormant. J’aimerais lire plus. La vie est trop courte.

As-tu envie d’écrire pas uniquement des chansons mais de la poésie, des romans, des essais ?

Quand j’étais plus jeune, entre quatorze et vingt ans, j’écrivais beaucoup, des poèmes, des chroniques, des nouvelles, des bribes de romans. J’étais passionné par Boris Vian, Franz Kafka, Albert Camus… La littérature me paraissait être l’art suprême, le plus noble, au delà de la musique et de la peinture.

Mais j’en suis revenu : quand j’étais plus jeune, j’ai eu une phase ou je voyais ma vie comme une narration de roman, je me parlais à moi-même, à la troisième personne et à l’imparfait. Cela m’a rendu un peu fou et m’a donné l’impression d’être complètement déconnecté de la réalité. En musique, le contact avec d’autres musiciens m’apporte plus de bien-être, ça m’aide à me raccrocher aux autres.

Tu aimes jouer avec les mots ? Tu sembles en tout cas porter une grande importance à la sémantique (tu dis apprécier la sonorité de « Piano Ombre », avoir été séduit par le nom de votre producteur, « Ash Workman », « E Volo Love » était un palindrome), à la poésie et la signification des mots en eux-mêmes…

Oui, on s’amuse comme on peut (rires) ! Gainsbourg ou Boris Vian étaient précurseurs dans ce domaine.

Quelle est ta chanson préférée sur l’album ? Je dois dire que j’ai été profondément touché par La Fille aux cheveux de soie, par sa simplicité, son raffinement à la frontière du kitsch. Vous jouez d’ailleurs pas mal avec les codes du kitsch…

Je pense que La Fille aux cheveux de soie est la chanson la mieux écrite, oui. C’est le morceau sur lequel il y a le moins d’instruments, la composition et les arrangements suffisent. Pour le fond, j’ai plutôt un faible pour les textes de Piano Ombre et Bien Sûr. Pour ce qui est de la forme, je préfère la matière sonores de Bois et The Way To The Forest.

Tout le monde dans le groupe s’est affirmé et épanoui dans des side-projects (Petit Fantôme et Archipel en tête). Ça change votre rapport dans la création, la composition ?

Oui un peu, disons que tout le monde n’est pas obligé de déverser tout son égo, ses angoisses ou ses délires dans François & The Atlas Mountains car ils ont chacun leur projet intime. C’est plus un travail de bon entente.

On le sait, vous êtes les premiers français signés sur Domino. Comment décriveriez-vous la culture de ce label ? C’est très différent de ce qui se fait en France ?

Ah, c’est une question que je me pose parfois. Il y a un écart intéressant entre Arctic Monkeys et Robert Wyatt. Je pense que c’est un label à la qualité non grandiloquente et certaine.

Une citation pour la fin ?

« Chi va piano, va sano »

Retrouvez Frànçois & The Atlas Mountains sur Facebook.

Entretien réalisé par Paul Grunelius et Rémy Pousse-Vaillant

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