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Livre-report : Festival Les Inrocks Philips 2014

Festival Les Inrocks Philips 2014 – Profondeur de champs live-report

Comme chaque année, le festival du fameux magazine culturel revient pour le plus grand bonheur de nos oreilles. Au programme, des groupes prometteurs, des artistes aguerris ou encore des bêtes de scène, pour un tour de France tout en sueur. Du 11 au 18 novembre, les villes de Tourcoing, Lille, Strasbourg, Nantes, Lyon, Paris, Toulouse et même… Londres (bien vu, ce n’est pas en France !) ont accueilli dans leurs salles pas si obscures une pléiade de musiciens talentueux, aux horizons et influences variés.

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Profondeur de champs était de la partie et vous a rédigé un live-report de 3 soirées explosives.
On était devant la scène de La Cigale pour les soirées du 13, 14 et 16 novembre, à s’époumoner face à The Shoes, Chet Faker, Glass Animals, Seinabo Sey, Palma Violets, Parquet Courts, The Orwells, Benjamin Booker, The Jesus and Mary Chain, Royal Blood, Eagulls et enfin Bad Breeding. Du beau monde et des pogo à gogo.

1ère soirée : Seinabo Sey, Glass Animals, Chet Faker, The Shoes

La Cigale fait salle comble en ce 13 novembre pour le grand retour du groupe électro rémois qui avait fait sensation en 2011 avec leur album Crack my bones, j’ai nommé The Shoes.
Mais les soirées du festival des Inrocks, ce n’est pas seulement un concert. 4 artistes programmés, 4 merveilles scéniques qui n’ont rien à envier les unes aux autres. A commencer par Seinabo Sey, une artiste d’origine gambienne basée à Stockholm. Le changement de température n’a visiblement pas affecté ses cordes vocales : elle nous délivre une pop-soul touchante et toute en finesse. Peu de mouvements et quelques maladresses, mais c’est l’émotion dirons-nous.

La grosse claque viendra du groupe suivant, Glass Animals. A première écoute, le quatuor venu d’Oxford ne va pas nous assommer d’un beat electro à faire trembler le parquet flottant de la Cigale. Et pourtant… Les premières paroles prononcées dans le micro par le chanteur résonnent excessivement fort. Signe avant-coureur que la pop psyché et plaintive à laquelle on s’attend va progressivement se transformer en une véritable pépite taillée pour le dancefloor. Danse déchainée mais maladroite, dédicace à maman, le chanteur est mignon et touchant tout plein. Les quatre garnements sont contents d’être là, et ils nous le font savoir. Soudain, le parquet remue sous nos pieds : ça y est, la fièvre du jeudi soir s’est emparée du public qui convulse frénétiquement et chaleureusement au son des tubes Gooey, Hazey, et autre titre mono-syllabique tel que Pools.

La foule est alors prête à se frotter à l’electro pop planante du grand gaillard australien Chet Faker.
Tignasse rousse attachée en bun et barbe de 3 jours impeccablement taillée, leçon de hipsteritude délivrée en 2 secondes chrono par l’acolyte de Flume dès son entrée sur scène. Derrière son synthé, Chet Faker s’agite, seul. Durant tout le début de son set, il se démène avec vigueur et dextérité, appuyant sur un nombre impressionnant de boutons à une vitesse folle. Le public déjà captivé décolle immédiatement dès que raisonne la voix de ce chanteur-manipulateur hors norme. La voix est profonde et juste, la mélodie envoutante, et le charisme du type ferait passer David Guetta pour un élève de CP qui apprend à lire. Un peu plus tard, deux musiciens viendront l’épauler, et nous aurons même droit au tube dévastateur issu de sa collaboration avec Flume, Drop the game.

Enfin le voilà, le très attendu duo rémois qui a osé faire passer Jake Gyllenhaal pour un escrimeur psychopathe dans un de ses clips. « It’s TIME TO DANCE », me dis-je alors.

Pour leur grand retour sur la scène parisienne, le groupe The Shoes a semble-t-il beaucoup parié sur la mise en scène. Faisceaux lumineux jaillissant de toute part, ambiance électrique et synthé décomplexé : oh non, voilà que l’image de Skrillex me traverse l’esprit ! Reprenons-nous, nos frenchies à nous sont beaucoup plus rebelles. La preuve, ils fument même des cigarettes sur scène. Juste pour nous, les deux acolytes dévoilent leurs nouveaux morceaux issus de leur imminent prochain album. Derrière eux en hauteur, deux batteurs incroyablement synchro sont érigés tels des gardiens du rythme. Pour que la fièvre ne s’arrête jamais. Malgré tout, il est difficile de distinguer un morceau phare, tant les musiques s’enchainent au gré d’un « boom boom » incessant. En vérité, la foule n’attend que leurs anciens morceaux, de Stay the same à Time to dance en passant par Wastin’ Time, pour atteindre l’état de transe annoncé. Niveau invités, les compères de The Shoes ont mis le paquet : Esser viendra chanter plusieurs fois, en tête à tête avec un public quelque peu dubitatif mais curieux d’en découvrir plus. Puis ce sera au tour de Thomas Azier et de SAGE de venir doper un set finalement assez déroutant. On retiendra en fin de compte plus la mise en scène que les qualités mélodiques.

2ème soirée : Benjamin Booker, The Orwells, Parquet Courts, Palma Violets

La deuxième soirée s’annonce rock’n’rollesque. Exceptés les très british Palma Violets, les autres groupes de ce soir suintent l’humidité des caves ricaines. Benjamin Booker, lui, nous vient de Virginie, où il fut élevé au grunge, blues et musique d’église. Sur scène, il nous délivre un petit moment de blues rock bien sympathique, aux riffs acérés. Un sursaut d’énergie vers la fin, et puis s’en va. On dit au revoir au jeune rockeur, désormais basé à la Nouvelle-Orléans, et à son bassiste moustachu pour accueillir les enfants terribles de la banlieue de Chicago, The Orwells.

Ces garnements avaient déjà retenu mon attention en jouant en 1ère partie d’un autre groupe de jeunes punks énervés nommé Fidlar. Et ils confirment tout le bien que je pensais d’eux. Ils n’ont certes rien inventé, mais leur rock est efficace, crasseux, quasi jubilatoire. C’est à peine si l’on aperçoit le visage du chanteur, caché par une énorme tignasse blonde et bouclée. L’envie nous prend alors de faire comme lui : plus qu’un simple hochement de tête, faire tournoyer nos cheveux au-dessus de nos têtes devient un véritable défouloir. Dirty sheets, In my bed,… on comprend vite l’état d’esprit juvénile des jeunes américains. Quoiqu’il en soit, ce punk sans prétention nous met grandement en appétit. Pas de panique, Parquet Courts arrive pour en remettre une couche. Cette fois, le groupe nous vient de Brooklyn et semble avoir envie d’en découdre. Les quatre fantastiques n’y vont pas par 4 chemins : du punk-rock rugueux et énergique, du début à la fin. Un live finalement assez uniforme et répétitif, mais qui n’en reste pas moins très excitant. Le public tient le rythme, hoche la tête en cadence. Ce sera finalement le quatuor londonien Palma Violets qui viendra clôturer la soirée en beauté. Non ce n’est pas Pete Doherty au micro, mais un autre anglais chapeauté qui hurle avec véhémence ses déboires affectifs. A noter, être un jeune punk en 2014 c’est aussi avoir les cheveux rouges (cf. le pianiste). Dans la continuité des groupes précédents, le rock des anglais est à la fois juvénile et ardent, brut et flamboyant. La salle remue, gigote, puis exulte sur le fameux titre Best of friend. Les poings sont levés et les bouches grandes ouvertes, tentant de prononcer avec exactitude l’entêtant refrain « I wanna be your best friend, I don’t want you to be my girl ». Mais notre élan est coupé : le dernier set, bien trop court, s’arrête au bout d’à peine 40 minutes. Qu’importe, nous aurons largement eu le temps de suer et de nous égosiller. Ce nouveau cru de punk-rock indé n’a (presque) rien à envier à ses aînés.

3ème soirée : Bad Breeding, Eagulls, Royal Blood, The Jesus and Mary Chain

La soirée commence d’une violence inouïe. Le chanteur du groupe d’anglais déchainés Bad Breeding gesticule dans tous les sens tout en hurlant des paroles incompréhensibles. Une voix à la Marylin Manson sort d’un corps de jeune premier qui nous rappelle le leader des Two Door Cinema Club, Alex Trimble. Le guitariste, quant à lui, a fait tomber le haut et enchaine riff sur riff en exhibant sa masse musculaire. Ce punk est un véritable défouloir : on en prend plein les yeux et les oreilles. Il ne suffira que d’un court set d’une vingtaine de minutes pour délivrer au public une énergie enragée et dévastatrice. Eagulls prend la relève avec aisance. Sous des faux airs de Ian Curtis, le chanteur à l’allure efflanquée, vêtu d’une grande veste noire, envoûte le public de sa voix mystérieuse et caverneuse. Encore une fois la prestation est de (trop) courte durée, une petite demi-heure pour s’ancrer dans les esprits. Comme l’indique le titre d’une de leur chanson, la foule est belle et bien « possessed » par la musique de ces talentueux manitous venus tout droit des bas-fonds de Leeds. L’énergie y est moins débordante que le set précédent, mais elle vous prend aux tripes et vous entraine dans une danse langoureuse. Le véritable sursaut viendra des anglais de Royal Blood. Après une prestation remarquée et acclamée à Rock en Seine, les voilà face au public de La Cigale. Et ils sont loin de se laisser démonter.

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J’étais à des années-lumière de m’attendre à un tel engouement pour un groupe dont l’album n’est sorti que récemment. Mais apparemment leur réputation les précède. Un guitariste-chanteur et un batteur font le show, et hop une prestation scénique grandiose. La puissance de ce rock’n’roll là est bluffante. La foule est en pleine crise d’hystérie : un jeune survolté se hisse au-dessus du public tout en mimant un concours de air guitar à lui tout seul. Un fan haut comme trois pommes s’époumone sur les épaules de son Papa, l’auriculaire et l’index levés, tel un véritable métalleux dans l’âme. L’énergie communicative du duo se transmet d’un bout à l’autre de la salle. Pour finir le spectacle, le batteur se lève sur son estrade et domine fièrement les spectateurs définitivement conquis. On veut encore plus de riffs de guitare et de tambours de batterie. Mais voilà que les deux Anglais nous échappent pour laisser place à une autre génération de rockeurs, les Ecossais de The Jesus and Mary chain. Durant les eighties il y aura eu Stéphanie de Monaco et son ouragan, mais aussi ce groupe de rock shoegaze à l’initiative des frères Reid. Hallelujah. Tout de suite, on sent que la moyenne d’âge devient un petit peu plus élevée vers le devant de la scène. En effet, les rockeurs ne sont plus tout jeunes. Même si j’ai parfois l’impression de reconnaître mon grand-père derrière le micro, je me laisse peu à peu prendre au jeu et admire ces piliers du rock d’une époque qui m’est malheureusement inconnue. Grosse frayeur après seulement une demi-heure de concert : les compères quittent la scène… mais ce n’est que pour mieux revenir quelques minutes plus tard accompagnés d’une choriste à robe parsemée de gros cœurs rouges. Entre-temps, un mini-film en noir et blanc (probablement en allemand) est projeté sur un écran au fond de la scène. S’enchaine alors une série de courts-métrages plus psychédéliques les uns que les autres, mettant en scène un personnage perdu dans un labyrinthe, des grattes-ciels, une ville, des ronds ou encore une main. C’est reparti pour 45 minutes de concert, bien plus fougueux et dynamique que la première partie. Les fans de la première heure semblent ravis, et la communion est totale entre les différentes générations présentes dans la salle. Encore un grand moment de rock’n’roll qui clôture avec superbe cette dernière soirée du festival. A vous les studios.

Lauren Georges

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