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Entretien avec Renart, ou la sincérité créatrice

La musique électronique compte pléthore de musiciens auto-proclamés artistes qui se bornent à être des bidouilleurs de logiciel cherchant gloire et argent sans talent. Ce n’est pas la musique qui s’impose à eux comme une nécessité, mais eux qui tentent de s’imposer dans le monde de la musique sans pour autant la faire évoluer d’un iota. Renart n’en fait pas partie, et son originalité créatrice est sincère et talentueuse. Nous l’avons donc rencontré pour enquêter sur sa singularité musicale.

Renarttt - Copie

Pourquoi avoir choisi ce nom ? En référence au roman classique du XIIème siècle ?

Exactement, c’est en référence au Roman de Renart. Cette œuvre m’avait marqué, je l’ai découverte pendant mon enfance grâce au film de marionnettes de Ladislas et Irène Starewitch.

Et c’est à ce moment que tu as commencé à créer de la musique ?

J’ai commencé tôt et avec différents instruments : la guitare, le djembé et le xylophone. Et j’ai commencé à utiliser le logiciel enregisteur de Windows pour superposer et distordre des sonorités au maximum. Le résultat était quasiment inaudible, et j’ai décidé de m’appeler « Dj chaos » (rires). Ensuite j’ai eu une période métal, et lorsque mon groupe s’est séparé je me suis tourné vers la musique électronique. Cela fait cinq ans maintenant que j’ai ce projet (Renart a vingt-deux ans).

Dans cette découverte de la musique électronique, quels artistes t’ont influencé ?

Comme je venais du métal, initialement c’est Justice qui a fait la transition avec leur côté métal électronique (avant qu’ils ne s’éloignent de ce genre musical). Puis j’ai vu un concert de Chloé (Thévenin) et Jeff Mills (pionner de la musique électronique de Detroit) qui m’a ouvert à de nouvelles perspectives sonores. Par ailleurs, j’ai également été très influencé par la musique concrète et des artistes comme Xenakis. Je me souviens très bien du moment où j’ai écouté pour la première fois l’Apocalypse selon Saint Jean de Pierre Henry.

Dans ton mix Je bois à la joie on reconnaît également une influence de Tomita avec des grandes envolées sonores de synthétiseur modulaire

Effectivement, Tomita fait également partie de mes références, tout comme Wendy Carlos. Ils ont joué un rôle important dans l’expérimentation électronique musicale. Mais je ne m’enferme pas pour autant dans un seul genre musical, j’écoute également du rock progressif comme Magma.

De quelle façon procèdes-tu pour composer ?

Je ne peux pas créer de la musique quotidiennement, de façon organisée. Pour moi la composition passe par une phase de retrait. Je me coupe de tout, internet, téléphone. Et une fois que cet isolement est mis en place l’inspiration peut venir. Même si ça n’est pas automatique, je ne peux pas décider d’être inspiré tout à coup. J’utilise un peu de tout pour faire de la musique : j’aime bien utiliser des sons qui ont déjà vécu, été usés. Et aussi des instruments divers : flûtes, boites à rythme un peu « cheap » (qui en elles-mêmes ne valent rien) qui se superposent et dynamisent les autres sonorités, la matière. Mais pour le moment je n’ai sorti que 10% de la musique que je crée, et pendant mes concerts je joue plus des morceaux de techno qui ne sont pas les plus longs à composer.

En parlant de concerts, quelles ont été tes expériences marquantes ?

Une tournée en Pologne avec Isaac Delusion (du label Cracki). On a fait deux dates : la première dans un bar branché complètement vide et la seconde en plein air avec huit-cent personnes et la police qui est venue couper la musique à six heures. Contraste. Et il y a eu aussi la première Cracki Party en décembre 2010 qui était un moment assez incroyable. On était dans une usine désaffectée à Ivry, sans savoir s’il y allait y avoir dix ou cent personnes. Au final ça a été plus de mille.

Après Voyage Chromatique sur le label lyonnais Dawn Records  et Petits charmes sur Cracki, quels sont tes projets ?

Je n’appartiens pas à un label. Je suis d’abord allé chez Dawn Records parce que Florent (qui fait de la musique en tant que Weirdd et a fondé le label) est un ami. Le clip de Voyage Chromatique a permis de faire connaître le très bon travail graphique d’Ugo Bienvenu et Kévin Manach qui depuis ont travaillé, entre autres, pour Arte.

Puis Petits charmes sur Cracki parce que je les connais bien aussi, mais je reste indépendant. Quant au futur, je pense ressortir un EP sur Dawn et un sur Cracki.

Entretien réalisé par Arthur Godard et Edouard Messada

                                                                                                                                          

Texte de présentation de Petits charmes :

Le goupil est mort, il renaît ailé. Et rusé, chenapan, le Renart défie la faune de la forêt, et s’envole telle une Vouivre. Laisse-toi charmer. Imagine un Renard-Pégase aux ailes d’angelot, filant droit à travers les nuages de synthèse.

Musique aux accents mythologiques, cet EP c’est l’univers de Fantasia version techno moderne, une histoire d’hypnose et de psyché, faite de répétitions lancinantes, réminiscences de matins heureux où les astres se meurent.

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