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“Django Unchained”, le western explosif et vengeur de Tarantino

Tarantino signe avec Django Unchained son huitième long métrage, revisitant le genre du western qu’il teinte de ce gore qui lui est si cher. Convoquant pour l’occasion un Di Caprio excellent de cruauté et qui signe son entrée dans le cercle fermé des « vilains » du cinéma, accompagné de Jamie Foxx, qui enfile le costume de l’esclave affranchi, ainsi que de son nouvel acteur fétiche Christoph Waltz, en chasseur de prime, le réalisateur réussit une nouvelle fois le pari de séduire autant qu’il crée la polémique.

L’idée est simple : un dentiste germanique (le Dr Schultz) porté sur la chasse des malfrats va croiser la route (non par hasard) d’un esclave nommé Django. S’en suit un deal entre les deux hommes. L’esclave affranchi aidera le chasseur de primes à retrouver trois bandits dont il a jadis connu les coups de fouet. En retour, le « dentiste » l’accompagnera dans la recherche effrénée de sa femme (jouée par Kerry Washington), achetée par un certain Calvin Candie, grand propriétaire d’une plantation de coton dans le sud des Etats-Unis.

Voilà pour le synopsis alléchant.

Si le script est la genèse et le squelette de tout film, il n’en reste pas moins que d’autres éléments sont nécessaires afin que le cocktail «tarantinesque » fasse effet. Et encore une fois, le réalisateur fantasque a su satisfaire son public. Comme à son habitude, la bande son est parfaite, entre l’habitué Ennio Morricone, les ballades country et autres inédits rap (notons le génial mashup entre 2Pac et James Brown). Cette musique est éminemment importante car elle est la structure et l’ADN même de l’art du réalisateur, qui, comme il l’expliquait dans une récente interview, part de ces sons pour créer ces univers si particuliers toujours emplis d’hémoglobine, de coups et de bons mots.

Mais passons au film en lui-même.

C’est donc après avoir évoqué dans ses films les séries Z en tout genre, la pop culture (Jackie Brown, Pulp Fiction, Reservoir Dogs), les samouraïs (Kill Bill Vol 1&2), et enfin la Seconde Guerre mondiale (Inglorious Basterds) que Tarantino se penche sur le western, dont il essaye de s’extirper de la stricte acception et vision « spaghetti » tout en s’escrimant à trouver un juste milieu entre le remake et la parodie. Mais malgré un ancrage certain dans les Etats-Unis de l’ère esclavagiste, Tarantino ne renie pas ses obsessionnelles influences seventies qu’il dissémine tout au long du film à coup de clins d’oeil : le nom de la femme de Django par exemple, Von Shaft, nous rappelle les héros des films de blaxploitation des années 70. Et s’il n’est pas à proprement parler un western spaghetti (Tarantino le dit lui même, il cherche à réinventer le genre), il n’en reste pas moins que le Django Unchained est plus qu’un hommage au premier Django de 1966 (on aperçoit d’ailleurs Franco Nero, le Django du film de Corbucci).

Le thème fort du film reste une nouvelle fois la vengeance. Après celle de Shosanna Dreyfus envers les nazis dans Inglorious Basterds, ou de Beatrix Kiddo (Uma Thurman dans Kill Bill) envers Bill, c’est aujourd’hui les esclaves noirs d’une Amérique sudiste qui vont trouver leur vengeur en la personne de Django, et ce deux ans avant la guerre de Sécession. Ce-dernier n’y va pas de main morte : fouet, armes à feu (la fusillade finale sur fond de Rick Ross est inoubliable), explosifs… Manichéisme peut-être un peu facile mais tellement jouissif. Notons enfin le caméo de Tarantino, jubilatoire en vendeur d’esclave, représentation de l’américain moyen actuel, un peu gros, pas très fin.

Rémy Pousse-Vaillant

2 Commentaires

  • Posté le 7 mars 2013 à 09:38 | Permalien

    Ton commentaire plonge bien dans le film je trouve! J’ai beaucoup aimé (mais j’aime bien en général Tarentino). Le passage avec le kukusclan est proprement hilarant!!! Dernièrement, j’ai aussi regardé Boulevard de la mort (Death Proof) qui m’a bien surprise et que j’ai aussi beaucoup apprécié aussi : déjà vu?

  • Posté le 10 avril 2013 à 20:21 | Permalien

    Un film que j’ai beaucoup aimé. Des acteurs époustouflants. On ne s’ennuie pas une seule minute.

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