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Permis d’éconduire

Doha dans l’oeil (épisode IX)

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La presse est en émoi. Des businessmen français seraient retenus au Qatar contre leur gré. On les tiendrait injustement éloignés de leurs familles tels de vulgaires otages. Nous ne commenterons pas le sort de ces hommes parce que personne ne peut garantir aujourd’hui qu’ils soient totalement exempts de reproches. Mais cette affaire aura permis de mettre en lumière une réalité méconnue : l’omnipotence du sponsor (ou parrain) local, et avec elle, le fichage-flicage permanent qui sévit à ElDohado.

Skyline de Doha, Qatar © Nigel Downes
Skyline de Doha, Qatar © Nigel Downes

Je vais vous donner quatre exemples.

1. L’autorisation de sortie du territoire

Si vous êtes résident au Qatar, vous ne pourrez pas sortir du pays sans l’obtention d’un permis. Et inutile de vous dire que si votre destination est Phuket, on ne va pas vous cataloguer comme amateur de sculptures de la période Sukhothaï ou comme bouddhiste convaincu en quête de spiritualité.

2. La lettre de non objection

Supposons que vous soyez contacté par le principal concurrent de votre employeur. Il vous propose un meilleur poste à un meilleur salaire. Sur n’importe quel marché du travail, ça s’appelle une opportunité en or, et vous songez vivement à la saisir. Au Qatar, c’est plutôt le commencement des ennuis car votre employeur doit vous délivrer une lettre estampillée par le sponsor qatari dans laquelle « il ne voit pas d’inconvénient à ce que vous partiez chez le concurrent », et comme les qataris ont une approche assez tribale du fair-play, vous aurez peu de chance de mettre à jour votre profil sur LinkedIn.

3. La carte de fidélité (obligatoire) pour le pub

Dans les régions où la fermentation du raisin est synonyme de bonheur et de convivialité, l’équation est simple : je me taperais bien un verre de rouge – je vais au café – un Sancerre s’il vous plaît – remettez moi ça, merci – à la prochaine. Aussi banal que de faire le plein d’essence ou d’acheter un paquet de cigarettes. Oui, mais là vous êtes au Qatar. Boire un coup est aussi facile que de traverser à moto le quarante huitième parallèle qui sépare la Corée du chanteur Psy de la Corée du psychopathe. Il vous faudra présenter votre passeport au vigile « du bar du restaurant de l’hôtel dont le propriétaire est un fils de la famille royale parce que quand même avec l’alcool on fait de bonnes marges », vous laisser prendre en photo, attendre l’enregistrement de vos données personnelles par le système central et enfin, si votre patience ne vous a pas assommé avant, vous recevrez une carte de membre. Joie. Cette carte leur permettra à l’avenir de connaître le jour et l’heure de votre visite au pub et, si vous avez exagéré avec votre supérieur qatari en lui demandant de bosser un peu, d’aller vous cueillir au rond-point d’à côté pour conduite en état d’ivresse – deux jours au trou minimum.

4. L’autorisation de travailler pour la femme

Si la femme mariée décide de travailler, elle doit en demander l’autorisation à son époux. J’entends d’ici Caroline Fourest : « Liberticiiiiiiiide ! » Je n’ai pas réussi à me procurer la copie d’une lettre type. Je préfère l’imaginer : « Je, soussigné, Gontran de la Vileroise, autorise mon épouse Hermine dite Mimine à exercer la profession de… »

Il est peut-être là le miracle économique Qatari : garantir un taux de croissance à deux chiffres avec des pratiques aussi absurdes. Ça force l’admiration.

 Fatima Yalla

Un Commentaire

  • Posté le 18 septembre 2013 à 09:37 | Permalien

    Hum… Je m’imagine en train de demander une autorisation de travail à mon homme… Bwarf de toute façon, s’il n’y avait que la cause féminine qui posait problème au Qatar. Le règne de l’argent avant l’humain, quelle belle évolution de la société…

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