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Maha Kumbh Mela, le plus grand pèlerinage du monde

« Tous les douze ans, l’Inde toute entière frémit, les villages s’agitent, les monastères se vident,  des grottes de l’Himalaya descendent des ermites nus barbouillés de cendre, de la côte de Malabar, du cap Comorin, du golfe du Bengale convergent des cortèges de moines, des troupes de lépreux, des trains, des citadins, une foule prodigieuse assoiffée de sainteté : les pèlerins de la Khumb Mela »  Mircea Eliade. L’Inde, 1988.

La Kumbh Mela (ou « fête de la cruche », en hindi), est un pélerinage hindou, organisé tous les douze ans dans l’une des quatre villes indiennes de Prayag, Allahabad, Haridwar et Ujjain, qui deviennent alors le théâtre d’une gigantesque parade cérémonielle. Les sâdhu, (« saints hommes ») arrivent en voiture, carriole, palanquin, chameau ou éléphant pour s’immerger dans le fleuve et couvrir leur corps nu de cendre blanche. Une fois ces ablutions terminées, ils bénissent les croyants venus en masse pour recevoir, plusieurs mois durant, l’assurance d’être purifiés de leurs péchés. Avec plus de cent millions de personnes réunies cette année, la Kumbh Mela est le plus grand pèlerinage du monde.

Olivier Sabatier, photographe, étudiant en gestion et en philosophie, a suivi et immortalisé la dernière édition de cette manifestation spirituelle, tenue du 14 janvier au 4 mars 2013 sur les rives du Sangam, fleuve d’Allahabad et confluent du Gange. Il nous livre ici une série de clichés commentés, emprunts de l’atmosphère mystique et poussiéreuse des camps de pèlerins du Kumbh Mela. Pris au petit matin, à la lueur des éclairages artificiels et des premiers rayons du jour, ces clichés interpèlent par la force, la beauté et la démesure des foules teintées d’ocre et d’orange présentées à nos yeux étonnés. L’oeil avisé du photographe nous parle ici de la ferveur hindoue, mais aussi et surtout, de la couleur de cette Inde recueillie au petit jour dans la cendre, l’eau et la lumière.

Un photo-reportage d’Olivier Sabatier.

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Nous sommes le lendemain de Paush Purnima (27/01/13), l’une des principales journées consacrées aux bains sacrés. Paush Purnima célèbre la dernière pleine lune de l’hiver. Une femme prie aux premières lueurs de l’aube. Elle s’est auparavant immergée trois fois dans l’eau pour se purifier. Certains dévots boivent également l’eau du Gange. Le flux sacré traverse alors leur corps et les lie à la nature.

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Un enfant seul déambule sur la rive opposée à Sangam. Dans son dos, la foule est entassée au bord de l’eau. La kumbh est le théâtre de scènes de vie quotidienne, de moments simples. Entre Paush Purnima et Mauni Amavasya Snan (10/02/2013), la population du camp va doubler chaque jour.

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Une fascinante ville de fortune naît. Une cour des miracles où se rassemblent les personnages les plus extravagants du monde. Cet homme a fait le vœu de ne pas se couper les cheveux. D’autres sâdhus choisiront de passer plusieurs jours sur un pied ou de garder une main fermée toute leur vie. Les sâdhus sont des ascètes qui arpentent les routes de l’Inde et survivent grâce aux dons des dévots.

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Toutes les cultures se mêlent, les castes inférieures et supérieures se côtoient. Une partie importante des personnes présentes auront dépensé leurs derniers moyens pour venir à la Kumbh. Ils ne sont même pas sûrs de pouvoir repartir.

La mendicité et les dons sont très importants durant ces jours sacrés. Pour beaucoup c’est une raison suffisante pour tout quitter. Cet homme handicapé qui joue de la musique cherche à récolter de l’argent. De nombreux mendiants sont déguisés en sâdhus pour attirer les grâces des passants.

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Le campement est organisé en 14 secteurs. Différents groupes religieux accueillent et nourrissent les pèlerins gratuitement. Les résidents du camp, qui bénéficient d’une tente pour dormir doivent payer en plus de leurs charges personnelles une contribution pour la nourriture végétarienne de tous les pèlerins.

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Cet homme  nous invite à oublier nos craintes. De sa main droite il fait le geste abbhaya-mudra qui signifie l’absence de trouble. Durant le festival, les Indiens sont extrêmement accueillants et font oublier aux visiteurs la crainte de la foule. C’est l’un des paradoxes de la kumbh, devant la marrée humaine, devant la saleté et les conditions de vie difficiles, un sentiment de légèreté se fait sentir.

Chacun veut témoigner de sa ferveur et demande à être pris en photo. Ici le rapport à la vie privée est inversé. Plutôt que de préserver leur intimité, les pèlerins veulent être vus. Ils désirent partager cet évènement unique.

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Un sâdhu prie à la tombée de la nuit. Il vénère une statue ornée de fleurs.

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Il est quatre heures du matin, et pourtant le flux de pèlerins continue. La cité se remplit progressivement. Ce sâdhus effectue un rituel complet. Il a installé son feu de camp, s’est imposé une marque symbolique sur le front. Il va désormais réciter ses mantras, faire des exercices respiratoires, puis ira se baigner dans l’eau du Gange.

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Un homme seul marche sous le pont principal sur lequel passe la ligne ferroviaire.

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Les chiffres officiels sont impressionnants. Le gouvernement a mobilisé 12 461 policiers, ainsi que de nombreux bénévoles pour superviser l’organisation. 30 stations de police, 38 hôpitaux, 30 casernes de pompiers, 18 pontons, 156Km de routes, 550km de pipeline, 770km de fils électriques sont installés provisoirement pour faire vivre cette ville éphémère jusqu’au dix mars.

Sur cette photo, on peut apercevoir six des pontons, ainsi que certains éclairages publics.

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Mauni Amavasya Snan (10.02.13) est le jour du bain royal. Plus de 40 millions de personnes se sont baignées sur les rives du Gange pendant cette journée. Il est deux heures du matin, des millions de pèlerins sont déjà entassés à Sangam. Les Nagas Babas arrivent pour leur premier bain. Les Naga (« nu ») Baba forment une secte de guerriers ascètes. Contrairement aux autres sâdhus, ils sont vindicatifs. Ils appartiennent à sept akharas ou castes. Entre ces akharas, des conflits d’autorité naissent, et certains Naga baba armés s’affrontent parfois de façon sanglante. Ils sont généralement  enduis de cendres provenant de feux sacrés brûlants en l’honneur de Shiva.

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Un naga Baba répond aux acclamations de la foule. Il soulève ses cheveux par fierté.

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Pour se rendre à Sangam, les Naga Babas effectuent une grande marche à travers leur camp. Certains Naga Babas ne se montrent au grand jour qu’à l’occasion de la grande khumb, tous les douze ans. Ils sont alors célébrés par la foule.

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Un Naga Baba lors de la procession Mauni Amavasya Snan, l’évènement le plus marquant de la kumbh.

Photographies d’Olivier Sabatier © - Recueilli par Marie-Liesse Lefranc

Un Commentaire

  • gazi
    Posté le 25 mars 2014 à 18:56 | Permalien

    très belles images dans le sens ou elle rappellent quil existe autre chose que la recherche dune blonde et dune rolex avec un peu dactions en banque pour exister…

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