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Sur un coup de tête

Doha dans l’oeil (épisode XI)

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En ce 9 juillet de l’an de grâce 2006, l’icône du football français, sur un moment d’agacement, adressait un retentissant coup de boule au défenseur italien Marco Materazzi. Ce geste impétueux nous coûta la victoire en finale de la Coupe du monde car une équipe de France sans Zizou c’est un peu comme si le groupe Chic faisait de la musique sans Nile Rodgers, ça ne marche pas.

QATAR-SCULPTURE-ZIDANE-MATERAZZI-ABDESSEMED

Mais pourquoi donc notre Zizou national a-t-il voulu se faire justice lui-même ? Que le vil rital a-t-il pu lui dire pour déclencher son ire ? Le monde entier s’interrogea. Mediums, interprètes pour malentendants, mime Marceau, producteurs de Mozzarella du sud de la Campanie, mon oncle René qui n’est pas à une connerie près, un peu tout le monde, chercha la clef du mystère.

Très vite, le consensus se fit : on avait insulté quelqu’un de sa famille. Oui mais qui ? Materazzi avait-il insinué que la sœur de Zizou pratiquait des activités commerciales nécessitant un engagement physique total ? Ou que sa femme recousait les chaussettes d’un de ses anciens partenaires de la Juve ? Ou que son fils avait plus d’avenir chez Michou que dans l’équipe junior du Real Madrid ?

Le secret reste entier et pour qu’il ne soit pas rendu public, il est probable que Materazzi avait dû en balancer une bien grosse, une de ces infos qui font tomber les mythes. Mais les gens n’aiment pas qu’on crache sur leurs idoles. Personne ne veut savoir que Mimie Mathy a tué Blanche Neige, que Jean-Jacques Goldman écrit les tubes de Sébastien Patoche, qu’Omar Sy se gare sur les places réservées aux handicapés, que Sophie Marceau fraye avec un ancien gorille. La dernière info est vraie ? Ah, pardon.

Bon, quoi qu’il en soit, on ne touche pas à Zizou. On ne touche pas le type qui, en marquant deux buts en finale de la Coupe du monde 98, a redonné confiance aux ménages français et multiplié le taux de natalité par deux. On pardonne tout à Zizou, même le fait d’avoir vendu son âme au Qatar. Car, pour la bagatelle de quelques millions de dollars, Zinedine est allé chanter les louanges de la petite pétromonarchie gazière. Oui, Zinedine, les Arabes aiment le football. Oui, Zinedine, le Moyen-Orient, comme l’Afrique ou un jour l’Océanie, méritait sa coupe du monde. Les Arabes et le Moyen-Orient, nous sommes d’accord, pas le Qatar !

Remettons les choses en perspective. Doha – unique grande ville du Qatar – va ériger dix stades de football sur son sol. À populations égales, c’est comme si le gouvernement français décidait de construire dix stades dans l’agglomération lyonnaise. Dix stades dans la seule ville de Lyon ! Il faut beaucoup aimer le foot ou avoir un maire très imaginatif. Cinéma en plein air, pique-niques géants, mariages collectifs de la secte moon, concerts à gogo ou établissement du Guiness des records du plus grand nombre de gens à chercher des trèfles à quatre feuilles sur une pelouse humide… Ça vous donne une idée de l’absurdité de la chose. Une aberration parmi d’autres, nous aurons l’occasion d’y revenir dans une autre chronique.

N’empêche, la sérénade de Zizou a fonctionné. Le Qatar a été choisi pour organiser la coupe du monde 2022. Ça valait bien une statue sur la corniche. Alors, sur un coup de tête, le Qatar a acheté la statue du coup de boule. Sans se demander si la représentation de ce vilain geste était contraire à l’esprit du sport. Sans se demander si la célébration de cet incident pouvait donner le mauvais exemple aux jeunes générations. Sans se demander si le pétage de plomb de Zidane était responsable de la défaite de son équipe nationale. Non, ce qui a choqué certains Qataris, c’est la violation de l’interdiction musulmane de faire des représentations d’êtres vivants. Magnifique.

Cela ouvre des perspectives artistiques illimitées. Si j’étais Miley Cyrus, je foncerais voir Jeff Koons pour qu’il réalise une jolie statue de sa balade sur un boulet de destruction – oui je sais, ça sonne moins bien que wrecking ball. Personne ne s’indignerait que la demoiselle dénigre les outils de travail des népalais qui crèvent sur les chantiers. En revanche, la représentation des êtres vivants… Encore une illustration de cette fièvre acheteuse qui empêche les Qataris d’y réfléchir à deux fois avant de s’enthousiasmer pour le premier truc qui brille. Maintenant que j’y pense, Monica Lewinski pourrait faire un comeback en demandant à Damien Hirst…

Fatima Yalla

Un Commentaire

  • Posté le 12 novembre 2013 à 08:38 | Permalien

    L’esprit du sport en négatif, et un des rares évènements à effacer de la carrière de Zinedine… Et bim, voilà ce que choisissent les Qataris piour décorer le stade. Ca ressemblerait presque à une mauvaise blague.