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Homeland – Saison 3 : Roulette Russe

Attention. Ce texte peut être parsemé de spoilers. 

Merci de votre attention.

Homeland aura-t-elle réussi à passer le cap de la saison 3 ? Autant le dire tout de suite : à la maison, on est accros. Homeland a pour elle le charisme de ses acteurs, et surtout la force de ses suspenses qui savent tenir le spectateur en haleine, façon 24h Chrono. Du coup, on a beau pester sur ce qui se passe pendant l’épisode, à la fin, on n’a qu’une envie : voir le suivant. C’est assez fort.

homeland

Il n’empêche : malgré tous ses twists et retwists, la saison 2 s’était terminée en demi-teinte. Du coup, la saison 3 partait sur des bases mi-solides mi-raisin, avec deux grands risques : le premier, celui de lasser un spectateur qui commençait à saisir la vacuité du petit jeu dans lequel on l’avait embarqué (Brody retournera sa veste, retournera pas ?), le second, celui d’arriver à un point où le personnage de Carrie ne serait tout simplement plus supportable (clairement “the smartest and the dumbest fucking person you’ve ever known“).

Qu’en est-il donc ?

Pauvre gars, tout de même.
Pauvre gars, tout de même.

La troisième saison commence juste après l’attentat qui a décimé la CIA. Saul est devenu directeur. Brody est suspect n°1 dans l’attentat et s’en est allé suivre d’autres chemins quelque part au Venezuela. De son côté, Carrie est lâchée par les siens et accusée de n’avoir pas su se rendre compte de quel côté était Brody. La CIA, elle, s’attache à retrouver ceux qui ont financé l’attentat terroriste, entre deux conflits internes. Quand il s’avère que l’Iran est derrière tout ça, un terrible stratagème va être mis en place pour les approcher, et, pourquoi pas, calmer les esprits iraniens…

L’Iran est donc la nouvelle toile de fond de la série. Rien de plus actuel : en effet, le dernier épisode de la saison a été diffusé à peine deux semaines après la Conférence de Genève ayant débouché sur un accord historique entre l’Iran et le reste du monde. C’aurait pu être vraiment génial. Mais voilà

Suspense.
Suspense.

Ce qui faisait la grande force de la première saison de Homelandc’était sa justesse et sa vision assez novatrice des relations diplomatiques et du rapport à la nation, le tout mêlé à une ambiguïté originelle, et bien sûr à un incroyable sens du rythme et du suspense. Evidemment, comme pour n’importe quelle œuvre de fiction, des professionnels de la profession s’étaient élevés pour critiquer le manque de réalisme de la série. Malgré cela, les dilemmes moraux rencontrés par les personnages (tous les personnages, que ce soit Carrie, Brody ou Saul) étaient en phase avec la remise en cause profonde que rencontrent les agences nationales de sécurité aujourd’hui, de la même façon qu’ils mettaient en lumière le traumatisme des soldats partis en Irak ou en Afghanistan.

Cette justesse-là, Homeland l’a – me semble-t-il – définitivement perdue dans sa troisième saison. Rien que le traitement réservé à l’Iran paraît déjà daté : oui, la série a retenu la leçon et évite un manichéisme bête et méchant. Il n’empêche qu’elle dresse le portrait d’un régime iranien totalement fermé au dialogue, cruel et sanguinaire tandis qu’au même moment, dans la vraie vie, c’est en partie grâce à l’ouverture prônée par le nouveau président Hassan Rohani  que les accords de Genève ont pu être signés. Bon, ok, c’est en soi un détail, mais il montre bien une certaine paresse des scénaristes qui semble s’être refusés à créer un peu de complexité comme ils l’avaient fait auparavant.

Du coup, fini l’ambiguïté et la profondeur. En suivant les pas de la saison 2, la série s’est embourbée dans une volonté de surprendre à tout moment, une surprise devenue, au fil des épisodes, quelque peu artificielle, comme si les scénaristes ne savaient plus trop quoi faire de leurs personnages. Et de fait, pendant toute la première partie de la saison, les auteurs semblent vraiment se demander ce qu’ils font dans cette galèrene reculant devant rien pour offrir un peu de matière aux épisodes. Le pire étant, à mon sens, la famille de Brody : chaque séquence avec elle (ou pire, avec Dana… Oh le road trip avec son copain sociopathe, quel terrible scandale) entrave le rythme de la saison, et l’on voit bien que les scénaristes n’ont plus qu’une envie : s’en débarrasser. Du coup, on s’ennuyait poliment (voire pas poliment du tout pour certains).

Et pourtant, on regarde quand même. Pourquoi, oui pourquoi ? 

Parce que malgré tout cela, Homeland est une série qui peut être merveilleuse quand elle veut, et que cela vaut la peine de la regarder rien que pour ces moments-là. Rarement je n’aurai été aussi tendu devant une série que devant les trois derniers volets de cette saison par exemple. Car si les scénaristes s’étaient perdus en chemin pendant la première partie de la saison, la seconde moitié offre des séquences d’anthologie (toute l’arrivée de Brody en Iran, la mort d’Akbari, la capture de Javadi…). A partir de ce moment-là, tous les personnages semblent embarqués dans un jeu de roulette russe (eh, vous avez vu, c’est le titre de l’article !) : chacun peut littéralement disparaître à n’importe quel moment. Ce n’est pas Game of Thrones non plus, mais cette incertitude offre des scènes d’une rare intensité.

Brody 2Mais surtout, si cela vaut la peine de regarder la saison 3, c’est pour le personnage de Brody. Un des plus beaux personnages de série TV à mon sens. Il semble être l’écrin des doutes de toute une nation, partagée entre un sens du devoir militaire et un dégoût profond pour les gens qui la gouvernent et les méthodes qu’ils emploient. Au-delà même du symbole, de ce que peuvent signifier toutes ses ambiguïtés, l’homme en soi est une figure magnifique, héros déchu et déchiré, fatigué par la violence physique et morale qu’il doit subir en permanence. Dans un monde où hésiter peut vous faire tuer, Brody est celui qui incarne le doute, et c’est probablement pour cela qu’il fait si peur, à la fois aux américains et aux iraniens.

Attention, ça va spoiler.

Paradoxalement, la mort de Brody est ce qui pouvait arriver de mieux à la sérieElle est déchirante, bien sûr. Mais elle permet de boucler une boucle et ainsi à Homeland de se renouveler entièrement dès sa prochaine saison. L’occasion de prouver ce qu’elle a véritablement dans le ventre.

Eliott Khayat

2 Commentaires

  • Marie
    Posté le 13 janvier 2014 à 13:10 | Permalien

    A mon avis, Homeland sans Brody ni Saul n’a plus aucun intérêt…

  • Eliott
    Posté le 23 janvier 2014 à 12:05 | Permalien

    Pas si sûr ! Je pense qu’on risque d’avoir pas mal de surprises. Depuis plusieurs épisodes, tout ce qui tournait autour de Brody était tout de même un peu superflu (genre l’incroyable astuce scénaristique pour le faire revenir au centre de la saison 3…). J’espère vraiment qu’Homeland saura profiter de cet espèce de “reset”.

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