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“Horns” : un gâchis narratif tétanisant de beauté

Il vaut mieux arriver un peu en retard, comme moi. Puis je conseille de s’assoir tout à droite, au-dessus du mec qui mange un kébab et qui va commencer à se moucher très fort dès que Daniel Radcliffe aura des cornes de trente-cinq centimètres. Mettez-vous juste devant le couple qui partira au bout de vingt minutes. Et avec un peu de chance, peu de temps après vous être installé, un autre couple viendra se poser tout près, à gauche, avec l’aide de l’appli lampe torche que vous pouvez gratuitement télécharger sur Google Play.

En même temps il y a aussi un film qui est projeté sur l’écran blanc. Ça s’appelle Horns.

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Le film surprend forcément le pauvre spectateur qui est venu en connaissant le travail d’Alexandre Aja. Il surprend aussi celui qui vient voir comment se porte son acteur préféré. Il surprend surtout les mangeurs de kébab. Et puis moi, qui suis assis au milieu de tout ça, j’hallucine. Je vois des éclairs magnifiques se heurter en un combat hideux.

Devant la salle s’accomplit l’acte magique qui s’acharne à croiser le sublime avec l’abject. Le film se répand avec la naïveté soudain suspecte d’un jeune enfant qui cherche ses mots pour raconter pourquoi il a été puni par la maitresse. « Et puis ça serait l’histoire d’une fille qui meurt. Mais en fait elle a un copain. Oh ! ils avaient l’habitude de baiser sur du David Bowie. Et puis on dirait qu’en fait quand il était petit il jouait avec son caddie et faisait exploser les doigts de ses potes. »

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Le film donne alors l’impression de s’inventer au fur et à mesure que le spectateur le regarde, dernier garçon perdu dans un labyrinthe qui offre mille possibilités ; du comique le plus absurde à l’horreur la plus terrifiante. On passe avec perplexité dans tous ces corridors jubilatoires en contemplant cette fabrique de rêves. Avec le climat de destruction qui gagne progressivement le film, les images se font de plus en plus marquantes et inoubliables, à jamais fixées dans le souvenir de ce gâchis narratif tétanisant de beauté. Les voix-off explicatives hideuses, les fondus enchainés honteux et les ralentis mal faits laissent place de temps en temps à des explosions qui illuminent les yeux avec la force d’un poing crevant une vitre.

Horns fonctionne donc avec ce double mouvement : celui du film raté qui crée constamment des visions stupéfiantes et des scènes jamais vues, absurdes (une scène de donuts) et cruelles (le trip mortel).

Reste la force avec laquelle Aja fixe l’idée de la destruction qu’impose la déflagration causée par la perte de l’être cher, comme si tout convergeait vers la brutalité émotionnelle de ces gros plans uniques lors de la scène de rupture.

Tout le monde regarde, figé devant cet objet difforme. Du kébab tombe sur la moquette. Le monde est stupéfait et contemple la chose avec la consternation soudaine que provoquerait le spectacle à la fois obscène et beau d’un ange en train de chier.

LS

4 Commentaires

  • Léo
    Posté le 21 octobre 2014 à 22:39 | Permalien

    Je ne comprends pas très bien le point de vue. Dois-je vraiment aller voir ce film ou le fuir ? Une critique doit prendre parti non ?

  • LS
    Posté le 22 octobre 2014 à 08:16 | Permalien

    Non seulement il n’est nulle part mention de critique mais je trouve que dans le texte, la prise de parti est forte.

  • Léo
    Posté le 24 octobre 2014 à 08:42 | Permalien

    Oui mais dans ce cas là, c’est pas tellement clair. On ne comprend pas très bien.

  • LS
    Posté le 28 octobre 2014 à 12:40 | Permalien

    Si j’avais voulu que tu comprennes, tu aurais compris.

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