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Rétrospective Truffaut – « Vous dites que je suis exceptionnelle ? »

« Le cinéma, c’est l’art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes » aimait à dire François Truffaut. Et de s’interroger de films en films, de jambes fines en bas de soie : « est-ce que les femmes sont magiques ? ».

Capture d’écran 2014-10-28 à 13.12.30
En 1968, Delphine Seyrig crève l’écran de Baisers volés. L’égérie d’Alain Resnais dans L’année dernière à Marienbad, vibrante de sensualité sauvage incarne Fabienne Tabard, la femme du patron d’un magasin de chaussure dont le héros, Antoine Doinel – double cinématographique de Truffaut – est éperdument amoureux. Truffaut offre à l’actrice un de ses plus beaux monologues lors de la scène dite « de la chambre ». Venue retrouver Antoine Doinel/Jean Pierre Léaud, Madame Tabard, comparée à Madame de Morsauf dans Le Lys dans la vallée, vient s’offrir au jeune homme avec une désinvolture mordante : « Je viens là, près de vous, maintenant. Nous restons ensemble quelques heures… et ensuite, quoi qu’il arrive, nous ne nous revoyons plus jamais. »
« Ce n’est pas une femme, c’est une apparition ! » rétorquera Doinel. Delphine Seyrig incarne La Femme. Sensuelle, le geste sûr, la voix unique (plus jeune, on lui a refusé le concours d’entrée du TNB en récriant son timbre suave), distillant sur son sillage un parfum de fourrure et de distinction. Elle s’oppose à la timide « Christine Darbon » incarnée par la jeune et encore inconnue Claude Jade. Le charme discret et l’innocence de Claude Jade feront d’ailleurs chavirer Truffaut qui la demandera en mariage au cours du tournage avant de se rétracter. Peu rancunière, la comédienne, qui sera aussi la femme du volage Doisnel dans Domicile Conjugal, déclare : « Je pense que François aurait été un mari infidèle, il a été un ami délicieux.»

Rétrospective et exposition François Truffaut, du 8 octobre 2014 au 25 janvier 2015 à la Cinémathèque de Paris.

Agathe Charnet

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