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Bérengère Friess, life in plastic it’s fantastic

Récemment diplômée de l’Ecole de Condé, Bérengère Friess est une jeune photographe parisienne aux photos ludiques. Elle construit ses images comme on met en scène une pièce de théâtre et bannit les émotions de ses personnages pour nous toucher avec des sujets graves. Entre réalité et démesure fictionnelle, elle joue à cacher la fragilité dans des décors à paillettes.

De l’importance de la mise en scène 

Tes photos sont très posées …

J’aime penser que les photos sont comme des peintures et puis je déteste prendre 50 photos/seconde. Prendre le temps de mettre en scène le personnage, c’est crucial. Je vois mes modèles comme des objets et mon travail c’est de les arranger à ma façon. L’expression du modèle ne m’intéresse pas vraiment ; je recherche avant tout la neutralité dans son visage. Ainsi, mes modèles ne sont pas des acteurs comme le revendiquent certains photographes. Je ne leur dis pas « vas-y, fais moi peur » mais je leur demande au contraire de rester là, impassibles,  pendant que la photo se fait. C’est toujours la passivité du sujet qui exprime du sens dans mes photos.

BF1Prom Queen

Tu ne prends donc jamais de photos instantanées ?

Non, je ne fais pas de la photo instantanée, à part avec mon IPhone, comme tout le monde. D’abord et simplement parce que ça me saoule de trimballer mon Canon partout pour prendre des inconnus en photos. Ensuite et surtout parce que j’aime construire une histoire en amont de chaque séance de photos et développer une mise en scène pour la porter.

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Poker Face

Peux-tu parler de ta série « Métamorphoses » ?

« Métamorphoses » est mon projet de fin d’études qui se présente comme un panel de mon univers photographique. J’ai choisi de mettre en scène des personnes que je connais et de faire d’eux des personnages inventés, tout en gardant un trait de leur personnalité que je leur connais. Le processus de révélation a joué un rôle important. Il s’agissait de créer des mises en scène ludiques dans lesquelles je plongeais le modèle pour en sortir quelque chose de nouveau. C’est un peu du théâtre. A la fin du parcours, le modèle devenait quelqu’un d’autre, se métamorphosait.

Quels sont les photographes dont tu admires le travail ?

On pense souvent que je suis influencée par Pierre et Gilles, David LaChapelle, ou encore Gregory Crewdson. Malgré ces influences je suis davantage admirative de Philip-Lorca diCorcia, Martin Parr, Rineke Dijkstra que je considère plus “artistes” que les autres. Je suis convaincue qu’ils sont davantage investis émotionnellement et que c’est ce qui fait la différence.

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Bathroom Doll

Alors la priorité du photographe, c’est quoi ?

C’est de raconter quelque chose.

Quelle est la signification de ton « logo », le losange ?

En chimie le losange est la forme géométrique qui représente le passage entre deux états. Mes photos ont toujours deux significations, le réel et le fictionnel, et puis il y a la dualité de ma personnalité, je suis un peu lunatique (Rires).

Les dolls ou les femmes objets

Ta série « Dolls » est-elle féministe ?

Oui, c’est une série féministe. J’ai voulu jouer sur le contraste entre des photos qui semblent d’abord très vides et qui se révèlent ensuite très porteuses de sens. Dans cette série je photographie des femmes comme je le ferais pour des objets pour dénoncer la condition féminine. Ce sont des poupées qui ont toutes un destin terrible. Je ne me revendique pas comme hyper féministe, j’aime qu’on porte mon sac et qu’on me tienne la porte, mais oui, il faut lutter pour l’égalité hommes-femmes.

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Hair cut Doll

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Cabaret Doll

Peux-tu me décrire tes poupées ?

Il y a d’abord la « Bathroom Doll » qui a le rouge à lèvres étalé comme si elle avait été mal maquillée ou bien embrassée. La « Hair cut Doll » s’est fait voler un attribut de sa féminité, on lui a coupé les cheveux. Enfin, la « Cabaret Doll » s’est fait étrangler et la « Plastic Doll » semble morte, à peine sortie de son emballage. Il y a un crescendo dans la violence. La « Plastic Doll » est ma femme-objet la plus importante. C’est un objet d’usine dans l’emballage, elle est parfaitement interchangeable. Ces poupées sont nos Barbies avec lesquelles on s’amusait cruellement. Par extension, ce sont aussi les femmes qui subissent les violences des hommes.

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Plastic Doll

Quel est ton prochain projet personnel ?

Je tire mes « idées photographiques » de mes expériences personnelles et de celles de mes proches, de leurs histoires. Je n’ai que 23 ans mais j’ai envie de m’attaquer plus directement à mon passé et en particulier à mes relations amoureuses passées. Je pense faire une série sur mes exs !

Est-ce que tu vas torturer des Playmobil ?

(Rires). Non, je vais me pencher sur les affaires qu’ils ont laissées dans mon appartement. Ce n’est pas une série de photos pour me venger mais plutôt une série qui doit leur rendre hommage. Ils ont beaucoup nourri mon imaginaire alors je leur dois bien ça !

Dernière question, quels appareils photo utilises-tu ?

Je travaille avec des reflex plein format Canon, 6D et 5D Mark II !

Le site de Bérengère Friess : http://www.berengerefriess.fr/

Recueilli par Flora Trouilloud

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