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Peut-on reconnaître un Américain ?

Ils ressemblent au monde entier et pourtant on les reconnaît toujours de très loin. On les voit en blazer écarlate le long de la Rue de Rivoli ou bien pressés, un long café entre le poignet et la poitrine, sur une avenue de la côte Est. En mocassins cirés, en sneakers ou en Caterpillar, ils marchent peut-être du même pas.

Mr Smith goes to Washington, Capra, 1939
Mr Smith goes to Washington, Capra, 1939

Ils vous regardent souvent avec les grands yeux de ceux qui prennent la vie au sérieux. Ont le rire poli des gens pour qui les convenances sont importantes, même si les bonnes manières sont la chose la moins partagée au monde. Ces Américains ont le compliment facile et les encouragements rapides, ce qui peut indisposer les continentaux réservés que nous sommes.

Sûrs d’eux et conscients de leur rôle dans le monde, ils n’ont pas toujours notre arrogance culturelle. Peut être parce que la signification du mot est encore moins claire dans leur langue. Peut être parce que l’inculture est une valeur pour une partie du pays. Ils n’ont pourtant à souffrir d’aucune infériorité. La qualité de leur littérature, d’un certain cinéma, de la peinture, la musique pourrait rendre immodeste. « Je n’aurais jamais cru pouvoir voir de mes yeux un tel niveau » s’exclame ainsi un invité lors une soirée mondaine chez Leonard Bernstein, dans la pièce Radical Chic de Tom Wolfe.

Le relativisme culturel est très présent, parfois dans un sens positif. C’est l’idée que toute opinion est bonne à prendre et digne d’intérêt, ou la conception selon laquelle parler de soi est un témoignage, rarement un impudeur. Il faut s’y faire.

Car ils sont pleins de bonne volonté. Dans la majorité ambitieux – si l’argent est une ambition -, ils font de leur mieux avec cœur. La petite musique de la concurrence est derrière et couvre le bruit des violences, des inégalités, du racisme. Si la vie est ainsi parfois plus douce sans cynisme, il se pourrait qu’elle soit moins drôle.

Ces Américains ont l’humour direct, souvent gentil et parfois méchant, rarement pince-sans-rire, quasi toujours chaste de sous-entendus. Plus statement qu’under.

Louis Boillot

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