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(2/4) “Blasted” : la terreur en musique

Chaque jeudi d’avril, Hélène Joyaux assistera aux répétitions des pièces de la compagnie Rhinocéros Sciences Po, pour nous révéler les coulisses de la saison 2013-2014. 

Porte de la Chapelle sous un ciel d’orage. Je suis en retard et me jette à l’aveuglette dans le métro. A Bobigny, un vieux monsieur chinois me prend en stop. J’arrive sur les rotules, à bout de souffle au CRR93 d’Aubervilliers, pour assister à la répétition générale de Blasted de Sarah Kane, mis en scène et en musique par Adrien Alix.

La musique au secours du langage

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Je pousse la porte d’un atelier au sous-sol de cet établissement magnifique et désert. Le rythme martial d’un madrigal m’accueille. Etendus sur un drap, les comédiens s’animent. Première scène : le soldat (Adrien Alix) viole Yann (Gaspard Baumhauer) avant de lui manger les yeux. Bienvenue chez Sarah Kane.

La scène terminée, Adrien sort de son personnage et m’accueille avec son affabilité naturelle. Quel extraordinaire contraste entre la discrétion du jeune créateur et la violence du propos ! Adrien est en première année à Sciences Po en bi-cursus lettres et contrebassiste au CRR93. Avec Blasted, il crée son premier spectacle, prenant en charge l’adaptation du texte, les arrangements musicaux et la mise en scène.

Pour Adrien, Blasted est « un rituel de terreur en musique ». La crudité et la cruauté du théâtre de Kane signent pour lui l’échec du langage, la musique arrivant pour le prolonger, tentative d’indicible. Le spectacle est un va-et-vient entre musique et texte. Alors que nous aurions tendance à mettre à distance la violence de la pièce, la musique nous force à recevoir ces images de plein fouet.

Les instruments de la guerre

En complicité avec Adrien, Claire Demeulant a bâti une scénographie en clair-obscur pour ce spectacle d’apocalypse. Une simple bougie vient souligner d’ombre ces personnages noirâtres. La guerre gagne jusqu’à l’interprétation musicale : le percussionniste laisse tomber à répétition sur son tambour de lourdes chaînes en fer ; Adrien semble entrer en duel avec sa contrebasse, la martelant à coup de mailloches, la triturant à coup de baguettes, la pinçant comme pour l’éventrer.

La scène finale entre Yann et Kate culmine avec le Crucifixus de Bach interprété à quatre voix. Sans prononcer un mot, Pauline Deschryver nous transporte dans une escalade d’émotions servie par un jeu maîtrisé. On en ressort soufflé, blasted…

Présentée en avant-première au CRR93 jeudi 10 avril, la première moitié du spectacle est prometteuse. Il sera joué en intégralité du 7 au 11 mai au Théo Théâtre, puis dans le cadre du Festiféros  au Théâtre de Belleville, les 8 et 9 juin. Enfin, le spectacle sera à Avignon, au Théâtre Au Bout-Là-Bas, pendant la deuxième quinzaine de juillet. A suivre de près !

La semaine prochaine, j’assisterais aux répétitions de la pièce Pas de seconde chance pour les morts, écrite et mise en scène par Yrieix Denis.

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