PROFONDEURCHAMPS

Live report : Macki Music Festival, 5-6 juillet 2014

Annoncé depuis de longs mois, et précédé hier par un opening en bonne et due forme à la Cité de la Mode, le main event du Macki Music Festival ouvrait ses portes samedi dans le cadre bucolique du très respectable parc de Carrières-sur-Seine. Retour sur la première édition d’un festival appelé à devenir grand.

Main event : Day 1 (samedi 5 juillet)

Petit événement dans la Gare Saint-Lazare : pour la première fois depuis des années, le Transilien – oui, amis parisiens, cet engin hybride entre un sympathique train de province et un RER en fin de vie – à destination de « Houilles – Carrières sur Seine » est plein à craquer.  Des regards s’échangent furtivement entre les habitués, inquiets. Les derniers résistants se relèvent, dépités, laissant place à cette horde de jeunes avinés.

10339514_10152139263991674_6141172066074350765_o

Vingt minutes séparent Paris de cette bourgade des Yvelines. Nous les traversons sans encombre, admirant çà et là un clocher, un immeuble à la façade de briques brunes, quelque champ. Qu’elle est belle, qu’elle est puissante cette sensation de se sentir – quasiment – « à la campagne » ! L’on s’étonne de tout, s’imagine et fantasme la petite vie tranquille des riverains.

Du haut de son vélo, un homme nous attend à la sortie de la gare. Son gilet jaune jure avec le temps maussade : on se prend à rêver d’un soleil qui viendra – mais on ne le sait encore – éclairer la fin de journée. Et c’est ainsi que, sans vraiment s’en rendre compte, nous arrivons au Macki. L’organisation est parfaite, on n’attend ni pour rentrer, ni pour boire. On peut danser, s’asseoir, se rouler dans l’herbe sans crainte ; l’atmosphère qui règne dans ces quelques hectares de verdure, consacrés le temps d’un weekend à la musique, est idyllique.

Armés de nos pintes de Grolsch, nous sommes happés par la disco ludique et pointue de Daniel Wang, aussi bon derrière les platines qu’il est distrayant dans ses – nombreuses – interventions au micro. Entre deux tracks, il coupera même le son pour interpeller une jeune femme dans le public : « Show me your moves », lui lance-t-il. C’est donc le sourire aux lèvres que l’on file vers la scène principale découvrir la musique « Straight from Belize » du Garifuna Collective qui, entre musique cubaine, afrobeat et reggae, régalent un public conquis par cette belle découverte de Cracki et La Mamie’s.

De retour à la DJ Stage, on assiste au passage de témoin on ne peut plus contrasté entre le déluré Daniel Wang et le très concentré et mystérieux Schatrax, ordinairement très rare à se produire. Son set mi-live mi-DJ set participe à construire une deep house lourde et envoûtante, bien que l’intéressé ne daigne pas lever les yeux de ses machines, ni esquisser le moindre sourire.

Désireux de ne rien rater de l’événement de la soirée, la performance des Lords of The Underground, nous découvrons les envolées psychédéliques et très douces de Mop Mop, accompagnés pour l’occasion du spirituel Ange Da Costa, lequel nous invite à invoquer et accueillir « l’esprit des anciens ». Le rendez-vous est pris.

1799882_709989589062653_7326972751219645887_o

Et enfin, ils furent : les mythiques Lords of The Underground débarquent sur scène, introduits par l’hyperactif DJ Lord Jazz et précédés par DJ Glo, fille du susnommé DJ, qui – haute comme trois pommes et coiffée de sa plus belle casquette – délivre un flow enthousiasmant, à faire pâlir bon nombre d’apprentis rappeurs. Rapidement, elle laisse place aux Lords qui entament ce set d’anthologie par une série d’hommages aux légendes du hip-hop, de 2Pac à Notorious Big en allant même jusqu’à James Brown, suivie par un enchaînement frénétique de titres mythiques. Tout y est : la chorégraphie, le bagout, le charisme – l’on est presque, à vrai dire, entre le one-man-show et le concert de hip hop – et même un étonnant amour de la France les amenant à faire chanter le public en chœur « Vive la France ».

On termine la soirée devant le set d’une valeur sûre de la disco et de la house, Rahaan, qui conclut tout en douceur une merveilleuse première journée à Carrières-sur-Seine.

Main event : Day 2 (dimanche 6 juillet)

De retour Gare Saint-Lazare. On commence à s’y faire, et l’on en est même à se demander pourquoi on ne se rend pas plus souvent à Carrières-sur-Seine. Petit bémol en ce début de journée, un guest tout à fait dispensable a fait son apparition : la pluie. Le propriétaire du seul magasin ouvert dans la petite bourgade répond par la négative à toutes nos questions concernant la présence d’un éventuel parapluie dans son échoppe, et l’on en est réduit à se confectionner de très mignons K-Way maison avec des sacs poubelle achetés pour l’occasion.

Heureusement, la pluie s’arrête assez rapidement, et à peine le temps de se faire masser sous une tente que la voix chaude de Fatima nous appelle. Accompagné de son Eglo Live Band, la suédoise basée à Londres réconforte de sa voix sensuelle les courageux festivaliers venus braver la pluie. Celle qui a travaillé avec des producteurs aussi variés que Floating Points, Dam Funk ou FunkinEven enchaine ses morceaux entre soul et jazz avec une assurance et une présence étonnantes. Le final quasiment « acid » est jouissif et lance parfaitement la journée.

Après un instant d’hésitation de plusieurs congénères du beau sexe quant à la décision de se soumettre oui ou non à la pratique très en vogue au Macki du « Sourcil Fou » – stand permettant de se faire pimper les poils de l’arcade –, nous sommes littéralement hypnotisés par le flow très « Odd Future » du prodige irlandais Rejjie Snow. Accompagné par des instrus d’une beauté et d’une finesse rares, le kid d’à peine vingt ans enflamme la Cloud Stage sur laquelle sont revenus se poser de précieux rayons de soleil.

10485787_710226892372256_3161045580118566437_n

Un cadre parfait pour la première grosse révélation de la soirée, L’Impératrice. Le groupe estampillé Cracki Records excelle dans sa restitution d’une disco-funk futuriste où les synthés s’affolent, laissant percevoir un spectre d’influences d’une largeur infinie, aussi hip-hop que jazzy, aussi house que – par moments – pink floydien. Clou du spectacle : la présence du chanteur d’Isaac Delusion sur leur dernière – et très belle – sortie, « Sonate Pacifique ».

Ce dernier ne quitte pas la scène pour longtemps puisqu’il revient quelques minutes plus tard avec Isaac Delusion, au complet cette fois-ci, pour une vraie confirmation : celle du talent immense d’un groupe qui, en quelques années, a su tracer son chemin tout à fait original et reconnaissable dans le monde souvent figé de la pop « made-in France ». Le show est maitrisé, puissant, émouvant ; l’on découvre de nouvelles nuances, de nouvelles aspérités dans les compositions de ces autres poulains de Cracki.

Et sous un soleil maintenant vif et clair, bien que laissant progressivement place à la nuit, vient la conclusion parfaite d’un weekend musical frôlant la perfection : un B2B2B de gala entre la nouvelle génération house, à savoir Jay DanielKyle Hall et FunkinEven. Le résultat ? Tout simplement un des meilleurs DJ sets entendus depuis longtemps, puisant dans tous les genres, délicieux d’éclectisme et de bon goût. A l’image de ces deux jours de festival finalement.

Paul Grunelius